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Consortium des Résidences Royales de Savoie

Consortium des Résidences Royales de Savoie Italie

© FOM, Photo Dario Fusaro

Consortium des Résidences Royales de Savoie Italie

Entre le XVIe et le XVIIIe siècle, la maison de Savoie a mis en place un réseau de résidences aux alentours de la ville de Turin, inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO en 1997 ; le palais royal de Venaria en fait partie. La construction du complexe (palais, jardins et village) a débuté en 1658 sous la direction de l'architecte Amedeo di Castellamonte, à la demande du duc Charles-Emmanuel II. Au début du XVIIIe siècle, Victor-Amédée II a agrandi le palais, confiant les travaux d'abord à Michelangelo Garove, puis à Filippo Juvarra. L'ouvrage fut ensuite achevé par Benedetto Alfieri sous le règne de Charles-Emmanuel III. Au XIXe siècle, le palais fut transformé en caserne puis progressivement abandonné. Entre 1999 et 2007, le site a été restauré ; depuis son ouverture au public, le parcours de visite permanent est enrichi d'expositions et d'événements culturels. Le pavillon de chasse de Stupinigi est un chef-d'œuvre baroque de Filippo Juvarra, construit entre 1729 et 1731 à la demande de Victor-Amédée II et agrandi par Benedetto Alfieri à partir de 1740. C'est l'un des complexes les plus remarquables du XVIIIe siècle en Europe, avec son mobilier d'origine, ses peintures et ses chefs-d'œuvre d'ébénisterie et d'architecture paysagère.

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Résidence Royale
Consorzio delle Residenze Reali Sabaude - Reggia di Venaria 
Fondazione Ordine Mauriziano - Palazzina di caccia di Stupinigi

Pays 
Italie - Italia

Période de création des soieries 
1711 (tenture officielle)
1763 (tenture privée)

tenture officielle

Reggia di Venaria, Chambre de parade de la Reine © CRRS, Foto di Dario Fusaro

Nom du château et nom de la pièce :
Palais royal de Venaria, Chambre de parade de la Reine
Reggia di Venaria, Camera di parata della regina

Période de création :
1711 - Damas cramoisi à fleurs vertes

Date du retissage :
2011

Matière et technique :
Taffetas de soie rouge aux reflets verts

Lieu de fabrication :
Manufacture de Turin (pour le textile d’origine)
Créations Métaphores - Holding Textile Hermès, Paris (pour le nouveau textile)

Reggia di Venaria, Chambre de parade de la Reine, détail © CRRS, Foto di Dario Fusaro

Au début du XVIIIe siècle, la construction du pavillon ouest de Garove et l’aménagement, à l’intérieur de celui-ci, du nouvel appartement destiné à Victor-Amédée II de Savoie et à Anne d’Orléans ont donné lieu à la constitution d’un nouveau mobilier décrit dans l’Inventaire des meubles et effets du Palais Royal de Venaria de 1711, le seul qui nous soit parvenu. La distinction est nette entre les chambres privées, entièrement meublées, et les pièces de réception, plus dépouillées, ornées aux murs de portraits des rois de France, d’Angleterre et des Empereurs ; mais il est clair que la couleur rouge des tapisseries en « damas cramoisi à fleurs vertes » était dominante dans les pièces destinées aux réceptions. Contrairement aux salles d'apparat, l'inventaire de 1711 mentionne, pour les pièces privées de l'Appartement royal, des tapisseries et des tissus en « damas vert avec des bandes de damas rouge ».

En 1737, à l’occasion de la rénovation de l’appartement royal pour le troisième mariage de Charles-Emmanuel III avec Élisabeth de Lorraine, les documents font état de nouvelles livraisons de tapisseries, de tentures et de rideaux en « Persiena » (lampas de soie) cramoisie à “grandes fleurs couleur or”, fournis par les marchands Gioanetti. Toujours au milieu du XVIIIe siècle, une dépense de 1753 pour l’appartement du roi, veuf depuis 1741, indique que la cour s’approvisionne en “satin cramoisi aux nuances dorées” auprès du fabricant de tissus en soie, or et argent et marchand Carlo Francesco Vanetto. Dans un esprit de continuité, en 1776, pour l’appartement du roi Victor-Amédée III dans le pavillon est, ce sont encore les frères Gioanetti qui fournissent le damas cramoisi pour la salle d’apparat.

Avec l’abandon du palais de Venaria par la cour et sa réaffectation à un usage militaire, toutes les tapisseries, ainsi que le mobilier, ont été complètement perdus. Au cours des travaux de restauration du palais (2000-2007), quelques fragments de tissu (un damas de coton et de lin) datant du XIXe siècle ont été découverts, mais leur utilisation n’a pas été jugée pertinente pour une éventuelle reconstitution.

S’appuyant donc sur les documents d’archives, mais en l’absence de fragments de tissus d’origine et de témoignages iconographiques des intérieurs, le choix de l'aménagement, guidé par une commission scientifique, a visé à restituer l'aspect des appartements selon leur destination d'usage initiale (1711) et à privilégier une “restitution évocatrice” des rideaux et des tapisseries en soie, limitée aux seules couleurs (rouge irisé de vert), sans motifs décoratifs.

De plus, l'absence totale d'éléments fixes aux murs servant à délimiter les tissus, tels que les lambris, les moulures, les encadrements de portes, ainsi que la présence de décorations souvent incomplètes dans ces cas-là, a conduit à privilégier une méthode d'installation propre aux tapisseries mobiles. Les tissus sont suspendus à des tringles fixées sous la corniche ; ce système réversible, comme s’il s’agissait d’installations éphémères, rappelle la pratique consistant à changer les tentures en fonction des saisons et des occasions, le palais royal de Venaria étant une résidence de campagne soumise à de nombreux changements d’aménagement.

Les registres de paiement montrent que la Cour s’adressait, pour l’approvisionnement en tissus de soie destinés au palais royal de Venaria, aux marchands turinois qui géraient le travail de plus de 200 maîtres artisans opérant dans la ville. La production de soierie jouit d'ailleurs d'une longue tradition dans le Piémont, qui remonte au XVIe siècle, avec une contribution majeure de la Manifattura dell’Albergo di Virtù, une institution caritative fondée à Turin par Charles-Emmanuel Ier en 1587, qui se lança dans le tissage de la soie et atteignit des niveaux de qualité élevés. Suivirent en 1686 la création de l’Università dei Mastri fabbricatori di stoffe di seta, argento e oro et, en 1710, la Fabbrica Reale delle stoffe di seta, qui exportait vers les marchés de Lyon et de Paris. En 1761 fut créée la Manufacture Royale de velours et de tissus de soie, fondée à Venaria Reale par le marchand avignonnais Costa, à la demande du roi Charles-Emmanuel III, dans la continuité de cette vocation manufacturière liée à la production et au travail de la soie propre au bourg de Venaria depuis sa fondation, selon le projet original du duc Charles-Emmanuel II qui, en 1670, avait fait appel au bolonais Giovanni Francesco Galleani pour mettre en place la filature de la soie grâce à un système hydraulique innovant. Tout au long du XVIIIe siècle, le Piémont savoyard conserva la primauté sur la production du meilleur fil de soie du marché : l’organzino ; ce n’est qu’avec le gouvernement napoléonien que le secteur entra en crise, au profit des manufactures lyonnaises qui détenaient l’exclusivité de la production des tissus d’ameublement des résidences impériales. La seule tapisserie en satin de soie connue à ce jour, produite en 1763 par la Manufacture Royale de Venaria (1761-1766), a récemment été identifiée dans la Palazzina di caccia di Stupinigi, conservée dans deux salles : la chambre d’audience et la chambre à coucher de l’Appartement Est.

Personnages associés :

  • Victor-Amédée II (1666-1732)
  • Charles-Emmanuel de Savoie (1701-1773)
  • Giovanni Battista, Michel Angelo et Sigismondo Gioanetti, marchands
  • Carlo Francesco Vanetto, fabricant de tissus et marchand

Sources bibliographiques :

  • P. Chierici, Da Torino tutt’intorno: le ‘fabbriche da seta’ dell ’antico regime in G. Bracco (a cura di), Torino sul filo della seta, Città di Torino, Torino 1992, pp. 177 – 202
  • S. Ghisotti, C. Spantigati, Mestieri preziosi alla corte dei Savoia in La Reggia di Venaria e i Savoia. Arte, magnificenza e storia di una corte europea, catalogo della mostra (Reggia di Venaria Reale, 12 ottobre 2007- 30 marzo 2008) a cura di E. Castelnuovo, Allemandi, Torino 2007, pp. 306-312
  • Venaria e la seta. Il complesso Galleani, proposta di restauro e valorizzazione - Venaria and the silk. The Galleani's complex, proposal draft of restoration and valorization. Rel. Maria Adriana Giusti, Marco Ferrari. Politecnico di Torino, Tesi di laurea, Corso di laurea magistrale in Architettura Per Il Restauro e Valorizzazione Del Patrimonio, 2020 https://webthesis.biblio.polito.it/15146/

tenture privée

Palazzina di Caccia di Stupinigi, Appartement Est, Chambre à coucher © FOM, Foto di Dario Fusaro

Nom du château et nom de la pièce :
Pavillon de chasse de Stupinigi, Appartement Est, Chambre à coucher (1767-1800)
Palazzina di caccia di Stupinigi, Appartamento di Levante, Camera da letto (1767-1800)

Période de création :
1763

Matière et technique :
Satin à liage repris, brocart

Rapport de dessin :
Hauteur: 212 cm ; largeur : 62,5 cm

Lieu de fabrication :
Venaria Reale (Turin), Manufacture royale

Palazzina di Caccia di Stupinigi, Appartement Est, Chambre à coucher, détail © FOM, Photo Dario Fusaro

La tenture recouvre la chambre à coucher avec 21 panneaux fixés aux murs et habille une porte, pour un total d'environ 52 m². Le même tissu recouvre également la pièce voisine, destinée à servir de salon de réception avec 28 panneaux, une porte et 6 panneaux de porte pour un total d'environ 70 m². Dans le Palais se trouvent au moins six chaises recouvertes de la même étoffe, sur lesquelles on peut également voir la large lisière d’environ 4 cm composée de trois lignes blanches et trois rouges. La soierie remonte à l’aménagement d’origine de l’appartement, achevé en 1767 pour le duc Benedetto Maurizio del Chiablese, fils cadet de Charles-Emmanuel III de Savoie. Les travaux de préparation de l'appartement furent dirigés par l'architecte Ludovico Bo et les étoffes furent réalisées par la Manufacture royale de Venaria, fondée par le marchand avignonnais Costa en 1761, qui comprenait une filature, une teinturerie et plus de trente métiers à tisser pour les velours et les soieries travaillées. La structure de cette imposante étoffe, dont le motif décoratif mesure plus de 2 mètres et dont la largeur dépasse celle des métiers à tisser ordinaires, nécessitait l’utilisation d’un métier à tisser à traction, avec au moins deux tireurs et un tisserand. La hauteur du tissu est également hors du commun, avec plus de 62 cm, soit plus d’un « raso » (unité de mesure piémontaise : 1 raso = 60 cm).

Le motif, qui s'étend en hauteur, présente un motif en méandre alternant un vase de fleurs de campanule, des bouquets de roses et des tulipes, avec de petits oiseaux accouplés de part et d'autre des vases, qui ressortent en relief grâce à la bordure en brocart noir qui en dessine les ombres.

L'armure satin (5 décochement 3) constitue le fond blanc brillant du motif. Le décor est réalisé par la trame de fond insérée avec une variante de couleur et fixée par la chaîne de fond (liage repris, 2 fils sur 6). Le dessin l’œuvre de M. Breton, dessinateur de Lyon, qui a rejoint l’entreprise en 1761. La manufacture a envoyé au Garde-Meuble royal en 1763 la « persienne », le nom du tissu mentionné dans les documents, pour le pavillon de chasse de Stupinigi, produite en grand métrage (919 rasi = 550 mètres environ)

Personnages associés :

  • Benedetto Maurizio (1741-1808), duc du Chablese
  • Charles-Emmanuel III de Savoie (1701-1773)
  • M. Costa (1761–1766), marchand et propriétaire de la Manufacture royale de Venaria
  • M. Breton, dessinateur originaire de Lyon

Sources bibliographiques :

  • L. D’Agostino, “Echi d’Oriente nelle tappezzerie della Villa. I documenti d’archivio e le rare sopravvivenze”, dans Villa della Regina. Il riflesso dell’Oriente nel Piemonte del Settecento, sous la direction de L. Caterina, C. Mossetti, Torino 2005, pp. 238-239.
  • A.M. Bava, E. Carbotta, “Gli apparati tessili”, dans La Palazzina di Caccia di Stupinigi, sous la direction de E. Gabrielli, Firenze 2014, pp. 267-276.
  • M. P. Ruffino, “Camille et Pauline Borghèse à Turin”, Bulletin du Centre de recherche du château de Versailles [En ligne], 24 | 2025, URL : http://journals.openedition.org/crcv/39871; DOI : https://doi.org/10.4000/137z8

auteurs

Donatella Zanardo
Clara Goria
Stefania de Blasi

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