tenture officielle

Nom du château et nom de la pièce :
Château de Fontainebleau, chambre de l’Impératrice Joséphine
Période de création :
1788-1791, terminé en 1805
Date du retissage :
1968-1986
Matière et technique :
Soie, fil chenille, broché, fond satin à 8 cadres
Rapport de dessin :
Hauteur : 283 cm ; largeur : 73 cm
Lieu de fabrication :
France, Lyon, Gilles Gaudin et Joseph Savournin (pour le tissu d’origine)
France, Lyon, Prelle et Tassinari & Chatel (pour le tissu retissé)

Exceptionnel par le nombre de couleurs et l'utilisation du fil chenille, le tissu placé en 1805 dans la chambre de l'Impératrice Joséphine, notamment sur le lit fabriqué en 1786 pour Marie-Antoinette, peut être considéré comme l'un des tours de force de la soierie lyonnaise à la fin du XVIIIe siècle. Le tissage est particulièrement complexe en raison des quatre motifs différents placés dans les cartouches formés de feuilles de palmier ; ces motifs brodés insérés représentent une perdrix, un trophée musical avec tambourin et cage, un autre avec mandoline et un paysage avec des ruines et une corbeille de fruits. Il semble avoir été commencé en 1787, pour un commanditaire malheureusement inconnu. La très grande taille du motif et la richesse du tissu indiquent qu'il s'agit d'une commande princière ou d'un souverain étranger.
Le Garde-Meuble de la Couronne décida d'acheter les tissus tissés par Gilles Gaudin lorsque celui-ci fit faillite en 1789. Le tissu était alors destiné au service du Roi ou de la Reine. La manufacture de Savournin fut chargée de poursuivre le tissage avec l'aide d'autres tisserands lyonnais. Le textile comprenait des sections réservées à la broderie, confiées à la veuve Baudouin. L'ensemble fut livré en 1791 et resta entreposé jusqu'en 1805. Le tissu fut alors choisi pour la chambre de l'Impératrice à Fontainebleau pour confectionner la tenture murale avec des bordures assorties, les festons des rideaux, la housse de lit, la couverture des fauteuils et d'une série de tabourets, ainsi qu'un écran et un paravent. La broderie a été réalisée par Augustin Picot. L'ensemble était orné de somptueuses garnitures en soie et en fil d'or.
Ce tissu exceptionnel est resté dans la chambre de l'Impératrice tout au long du XIXe siècle. Il a été restauré sous Napoléon III avant d'être retissé au XXe siècle. Cette opération a nécessité près de 20 ans de travail. Les éléments d'origine sont conservés à Fontainebleau et au Mobilier national (Paris).
Personnages associés :
Joséphine de Beauharnais, Impératrice (1763-1814) ;
Gilles Gaudin et Joseph Savournin, soyeux ;
La veuve Baudouin, brodeuse ;
Augustin Picot, brodeur (1756-1822)
Sources bibliographiques :
Gastinel-Coural, Chantal, Soieries de Lyon. Commandes royales au XVIIIe siècle (1730-1800), catalogue d’exposition, Lyon, musée historique des tissus, décembre 1988 – mars 1989, Lyon, imprimerie Sézanne, 1988, p. 126
Samoyault-Verlet, Colombe, « Restitution de la soierie de la chambre de l’impératrice », Revue du Louvre et des musées de France, n°3, 1986, p. 174-178
tenture privée

Nom du château et nom de la pièce :
Château de Fontainebleau, Boudoir turc de Joséphine
Période de création :
1806
Matière et technique :
Coton, soie et fil d'or
Gros de Tours façonné et liseré à lames d'or, broderie d'application sur satin de soie avec fil d'or, paillettes et paillons, frange dorée
Rapport de dessin :
Hauteur : 4,5 cm ; largeur : 7 cm
Lieu de fabrication :
France, Paris ou Lyon, Vacher, fournisseur, « Au Page, ci-devant rue Saint-Honoré […] magasin de toutes sortes d’étoffes de soie, et broderies des plus nouvelles, pour habits, robes et ameublements »

Le boudoir, meublé dans le style turc pour la Reine Marie-Antoinette en 1776-1777, témoignait d'un goût prononcé pour l'exotisme et les extravagances tapissières. Pendant la Révolution française, le mobilier du château fut saisi et vendu. Le mobilier et les décorations textiles du boudoir disparurent alors.
En 1806, l'Impératrice Joséphine décida d'installer sa petite chambre d'hiver dans l'ancien boudoir, dont les boiseries et la cheminée ont été conservées. Les miroirs qui ornent entièrement l'alcôve, celui placé au-dessus de la cheminée et celui qui masquait la fenêtre grâce à un mécanisme astucieux, ont été remplacés. Joséphine commanda alors un mobilier somptueux, dont un magnifique lit en acajou, qui fut placé dans l'alcôve. Celui-ci, ainsi que les sièges, le lit de repos, la table à pied central et l’écran, furent fournis par François-Honoré-Georges Jacob-Desmalter. Ils sont en acajou et ont reçu d'importantes décorations en bronze doré. Mais la magie du lieu réside avant tout dans les textiles. En effet, ceux-ci évoquent un Orient fantastique par leur abondance et leur richesse. Ainsi, pour meubler l'alcôve, le tapissier Susse a réalisé une superposition de trois tissus : une mousseline brodée de fils d'or, des rideaux en taffetas avec des galons dorés et enfin des draperies coupées dans un tissu à motifs vermiculés. Ceux-ci sont disposés en festons et tombent de chaque côté de l'alcôve et de la fenêtre donnant sur le jardin.
Ce tissu au motif vermiculé ne semble pas avoir fait l'objet d'une commande spéciale. Il a été acheté auprès du fabricant et marchand Vacher, avant d'être orné de bandes de satin rouge brodées par Picot et de franges dorées. Parallèlement aux importantes commandes passées auprès des fabricants de soieries lyonnais, il témoigne des usages en vigueur dans la confection des ameublements destinés aux résidences impériales. Cet agencement prolonge l'univers des Mille et Une Nuits souhaité par Marie-Antoinette.
Personnages associés :
Joséphine de Beauharnais, Impératrice (1763-1814)
Vacher, soyeux
Pierre-Jean-François Susse, tapissier
Augustin Picot, brodeur (1756-1822)
Gobert, tapissier passementier
Sources bibliographiques :
Coural, Jean, Gastinel-Coural, Chantal, Müntz de Raïssac, Muriel, Paris, Mobilier national, Soieries Empire, Paris, réunion des Musées nationaux, 1980, p. 134-135
Cochet, Vincent, The Turkish Boudoir of Marie-Antoinette and Joséphine at Fontainebleau, Saint-Rémy-en-l’Eau, éditions Monelle Hayot, 2023, p. 128-160
auteur
Vincent Cochet
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