Louis XIV réaménage son appartement intérieur à plusieurs reprises. La transformation majeure intervient en 1701, au moment où la chambre du souverain est installée à son emplacement actuel, au centre de la façade de la cour de Marbre. Comme dans toutes les résidences royales, l’appartement du Roi comporte la même succession de pièces à l’usage bien défini : une salle des gardes, deux antichambres, la chambre et un cabinet. Au-delà de ces salles, dont l’accès est strictement hiérarchisé et réglé par l’étiquette, toutes les pièces qui suivent constituent le domaine privé du souverain auquel, en principe, nul ne peut avoir accès s’il n’y est convié.

La salle des Gardes

Elle marque, comme dans toutes les résidences royales, l’entrée de l’appartement. Son décor est volontairement sobre. Elle accueille en permanence les gardes du corps qui se relaient toutes les vingt-quatre heures pour assurer la protection du souverain. Les lits de camps sur lesquels ces soldats dormaient étaient, dans la journée, repliés et dissimulés derrière des paravents. Le seul décor sculpté emploie un vocabulaire guerrier, rappelant la vocation de la pièce. Au-dessus de la cheminée, un tableau de Parrocel intitulé : Bataille où paraissent les gardes du corps du roi (1684) rend hommage aux occupants des lieux.

L’antichambre du Grand-Couvert

Au fur et à mesure que l’on s’avance dans l’appartement, le décor se fait plus riche. L’antichambre du Grand‑Couvert était la pièce où Louis XIV avait coutume de souper en public à partir de 1690, après la mort de la reine et celle de la dauphine. À l’occasion, une table était dressée chaque soir devant la cheminée. Le roi s’y installait, dos au foyer. La pièce est ornée d’une série de onze tableaux de batailles par Joseph Parrocel, et d’un douzième tableau représentant la Bataille d’Arbèles par Guillaume Courtois.

Le salon de l’Œil-de-Bœuf

Deuxième antichambre de l’appartement royal, le salon de l’Œil-de-Bœuf tire son nom de la fenêtre arrondie qui donne de la lumière à la pièce du côté sud. À l’origine, cette pièce en contenait deux, séparées par une cloison : l’antichambre et la chambre du Roi, dont le lit était placé dans l’angle à gauche de l’actuelle cheminée. Gêné par les dimensions réduites de ces pièces qui peinaient à contenir l’ensemble des courtisans présents à son lever et à son coucher, Louis XIV décida en 1701 de faire abattre le mur, de réunir les deux pièces en une seule et de déplacer sa chambre dans la pièce suivante qui n’était alors qu’un salon. Le salon de l’Œil-de-Bœuf est un point stratégique de l’appartement royal : au nord, il conduit à la chambre du Roi ; à l’ouest, de hautes portes de glaces ouvrent directement sur la galerie des Glaces et permettaient aux courtisans de pénétrer chez le roi ou d’en sortir ; sur le mur sud, à droite de la fenêtre, une porte conduit directement chez la reine, tandis qu’un escalier, ouvrant sur le mur est, mène à l’appartement du dauphin, situé au rez-de-chaussée.

La décoration qui règne dans la pièce témoigne, comme celle des pièces précédentes, de l’évolution du goût personnel du roi, qui, au tournant du siècle, abandonne les riches décors de marbre et les plafonds peints pour les plafonds blancs et les boiseries dorées. Une frise de jeux d’enfants règne au niveau de la corniche.

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La chambre du Roi

En 1701, Louis XIV transféra sa chambre dans le vaste salon de près de quatre-vingt-dix mètres carrés, situé au centre de la façade est du Château. On en condamna alors les trois hautes portes du fond qui donnaient sur la galerie des Glaces et au-dessus desquelles Nicolas Coustou réalisa l’allégorie en stuc de La France veillant sur le sommeil du Roi surplombant le lit. Pièce la plus importante et la plus symbolique de l’appartement royal, la chambre sert à plusieurs moments de la journée : le roi y tient les cérémonies du « lever » et du « coucher », y dîne à son « petit couvert » et peut y recevoir certains courtisans ou des ambassadeurs. C’est dans cette chambre que mourut Louis XIV, le 1er septembre 1715, après soixante-douze ans de règne.

Le fastueux décor de brocart d’or et d’argent sur fond cramoisi de la chambre est agrémenté de tableaux, choisis par Louis XIV lui-même : quatre tableaux représentant les évangélistes et Le denier de César, par Le Valentin ; Agar et l’ange par Giovanni Lanfranco ; en dessus-de-porte, Saint Jean-Baptiste par Giovanni Battista Caracciolo ; Marie-Madeleine par Le Dominiquin ; et deux portraits d’après Van Dyck. Sur les cheminées, sont placés un buste de Louis XIV par Antoine Coysevox, une pendule-baromètre ainsi que quatre candélabres ayant appartenu au comte de Provence, frère de Louis XVI.

Le cabinet du Conseil

Attenant à la chambre du Roi, ouvert sur la galerie des Glaces, se trouve le cabinet du Conseil. Ce n’est qu’en 1755, sous Louis XV, qu’il a pris sa forme actuelle qui résulte de la réunion de deux pièces : le cabinet du Roi où Louis XIV tenait ses conseils et le cabinet des Termes (lieu plus intime où le roi se retrouvait en famille ou en cercle restreint le soir après souper). De somptueuses boiseries, sculptées par Antoine Rousseau sur des dessins de Ange-Jacques Gabriel, ornent ce cabinet de motifs décoratifs illustrant les sujets abordés traités par le roi en son conseil : guerre, justice… La décoration comprend également une pendule de style rocaille (1754), un buste d’Alexandre le Grand en porphyre et deux vases de Mars et de Minerve, en porcelaine de Sèvres et bronze, ciselés par Pierre-Philippe Thomire (1787). La pièce servait également de cadre aux présentations officielles, étape nécessaire pour être admis à la Cour. Mme Du Barry, parmi tant d’autres, y fit ainsi sa révérence, le 22 avril 1769.