À la suite de son appartement officiel, Louis XIV avait fait aménager pour son usage personnel une suite de pièces prenant jour sur la cour de Marbre et la cour royale. Il y exposait ses collections d’objets d’art et ses tableaux. Louis XV y fit opérer de nombreuses transformations et étendit son domaine dans les étages supérieurs qu’il modifia à de très nombreuses reprises, créant salons, cabinets de travail, salles à manger, bibliothèques, galeries scientifiques, laboratoires… Tout cet ensemble permettait au souverain de trouver une certaine intimité. Louis XVI utilisa à son tour les lieux en les adaptant à son usage personnel.

Ces espaces ne sont pas accessibles en visite libre, mais presque tous les jours à 10h, une visite guidée permet de les découvrir.

La chambre de Louis XV

Non loin de sa grande chambre de parade, aussi incommode que majestueuse, Louis XV se fit installer en 1738 une nouvelle chambre, plus petite et exposée au sud, donc plus aisée à chauffer. Il y mourut le 10 mai 1774 à une heure de l’après-midi. Le sculpteur Jacques Verberckt en exécuta les boiseries et notamment les grands palmiers et les armes royales qui décorent l’alcôve, tendue d’un gros de Tours broché, restitution de celui que Louis XVI avait fait mettre en place en 1785.

Sur la gauche de celle-ci s’ouvre le cabinet de la Garde-Robe pour lequel Louis XVI, à la veille de la Révolution, commanda aux frères Rousseau des boiseries comptant parmi les plus belles du Château.

 

Le cabinet de Garde-robe de Louis XVI

Ultime chef-d’œuvre de l’art royal versaillais exécuté à la veille de la Révolution, le cabinet de Garde-robe est un des rares aménagements d’ampleur entrepris par Louis XVI dans l’appartement privé. La garde-robe de Louis XVI, revêtue de boiseries sculptées et couronnées par une corniche d’architecture, est exceptionnelle par son extrême raffinement. La sculpture de cet ensemble fut confiée aux ciseaux des frères sculpteurs Jean‑Siméon et Jean‑Hugues Rousseau, qui signèrent lors de leur dernière intervention au Château une de leurs plus brillantes productions. Dans un registre néo‑classique, les décors sculptés et dorés déclinent les grands domaines du gouvernement : le commerce, l’agriculture, la marine, la guerre, les sciences et les arts. Rien de futile dans ce programme iconographique, qui évoque plus un cabinet de travail, à l’instar d’un « studiolo » de la Renaissance italienne, qu’une pièce de commodité comme l’indique son appellation de garde-robe. Il s’agit, en effet, d’un lieu consacré au travail, sorte d’arrière-cabinet plus intime que le cabinet d’angle. Le caractère sérieux et appliqué de Louis XVI transparaît ici, loin des thèmes légers voire convenus qui se déployaient dans les décors réalisés pour son prédécesseur. Selon un principe habituel au XVIIIe siècle, cet ensemble est traité en harmonie blanc et or : tous les éléments moulurés et les parties sculptées sont dorés à la détrempe et se détachent sur une peinture à la colle de teinte blanche.

Restauré en 2009 avec le soutien de Lady Michelham of Hellingly par l'intermédiaire de la Société des Amis de Versailles.

 

Le cabinet de la Pendule

Louis XV s’intéressait beaucoup aux sciences et en particulier à l’astronomie. On peut voir sur le sol de ce cabinet le tracé du méridien de Versailles, matérialisé par une baguette de cuivre. L’extraordinaire pendule, qui a donné son nom à la pièce, fut présentée à l’académie des Sciences, puis au roi au château de Choisy, avant d’être installée ici en 1754. L’horloge indique l’heure, le jour de la semaine, le mois, l’année et le quartier de la lune ; dans le globe de cristal, on peut voir les planètes opérer leur révolution autour du soleil. Conçue par Claude-Siméon Passemant, ingénieur du roi, exécutée par l’horloger Louis Dauthiau et placée dans une caisse de bronze doré due à Jacques et Philippe Caffiéri, père et fils, cette pendule est un monument artistique et scientifique. Elle servit à fixer pour la première fois une heure officielle dans tout le royaume.

Au centre de la pièce, le roi Louis-Philippe fit placer une réduction de la statue équestre du Bien-Aimé, surnom de Louis XV, que Bouchardon avait réalisée pour la place Louis XV (actuelle place de la Concorde) à Paris (statue détruite à la Révolution).

 

Le cabinet des Chiens

Le nom de cette pièce et le décor de sa corniche rappellent que Louis XV y faisait dormir ses chiens favoris. Les boiseries proviennent de l’ancienne salle de Billard de Louis XIV, transformée par Louis XV en chambre à coucher ; les tableaux de fleurs des dessus-de-porte sont l’œuvre de Jean-Baptiste Monnoyer et Jean-Baptiste Blain de Fontenay. Cette pièce, où se tenaient habituellement les valets de l’appartement intérieur, appelés familièrement « garçons bleus » à cause de la couleur de leur livrée, servait de première antichambre aux cabinets intérieurs.

La salle à manger des Retours de Chasses

Elle a remplacé en 1750 un petit appartement des bains. Une ou deux fois par semaine, Louis XV y donnait à souper aux seigneurs et aux dames qui l’avaient accompagné à la chasse, et c’était une faveur très recherchée que d’être admis à ces soupers. La pièce des Buffets voisine facilitait le service de la table ; les plats étaient préparés dans les cuisines particulières du Roi, situées au troisième étage. Après le souper, le Roi et ses hôtes se rendaient au cabinet de la Pendule où ils terminaient la soirée autour de tables de jeu.

 

Le cabinet intérieur du Roi

Ce « cabinet d’angle », comme on l’appelait communément, jouit d’une double exposition sur la cour de Marbre et sur la Cour royale. Louis XV s’y tenait volontiers et c’est de son balcon qu’il assista, les larmes aux yeux, au départ du convoi funèbre emportant Mme de Pompadour, un soir d’hiver de 1764. Bien que plusieurs fois remanié sous son règne, le décor de boiseries demeure l’un des plus beaux travaux de Jacques Verbeckt qui en sculpta les panneaux en 1753. Cette pièce a retrouvé le mobilier livré pour elle, notamment le secrétaire à cylindre commandé à Œben en 1760 et achevé par Riesener neuf ans plus tard. C’est le premier meuble de ce type, qui répondait au souhait du roi de pouvoir laisser ses papiers sur son bureau à l’abri des regards. Remarquable par la beauté de ses tableaux de marqueterie et de ses bronzes, il est également une merveille de mécanique : un seul quart de tour de clef permet de libérer ou de bloquer, à la fois l’abattant du cylindre et tous les tiroirs.

 

Le cabinet des Dépêches

Il occupe l’emplacement du salon Ovale que Louis XIV avait fait aménager en 1692 : orné de pilastres corinthiens et de quatre niches abritant des groupes de bronze dont les célèbres chenets de l’Algarde (Louvre), ce salon donnait accès à droite à la Petite Galerie et à gauche au cabinet des Coquilles : dans cette dernière pièce, ainsi nommée à cause du décor de sa corniche, Louis XIV conservait ses manuscrits et ses livres les plus précieux, ainsi qu’une vingtaine de tableaux dont le Concert champêtre de Titien (Louvre).

En 1754, le cabinet des Coquilles disparut pour faire place au degré du Roi, et le salon Ovale fut remplacé par un arrière-cabinet et un cabinet de chaise. L’arrière-cabinet comportait à l’origine des pans coupés que Louis XVI supprima tout en conservant les boiseries sculptées et les tableaux de Galloche et Domenchin de Chavanne. C’est ici que Louis XV s’enfermait pour dépouiller les rapports des agents secrets qu’il entretenait à l’étranger et pour rédiger les instructions qu’il leur adressait : c’est donc là le siège du « secret du Roi », cette diplomatie personnelle que Louis XV menait en marge de sa politique étrangère officielle et qui devait aboutir, entre autres, au « renversement des alliances » de 1756.

La petite vitrine placée à droite de la fenêtre fut exécutée par Riesener pour contenir les montres de Louis XVI.

 

La pièce de la Vaisselle d’Or

C’est l’ancien cabinet intérieur de Madame Adélaïde, l’appartement qu’elle occupa au premier étage du Château entre 1752 et 1769 avait été aménagé sur l’emplacement de la Petite Galerie et de l’escalier des Ambassadeurs. Il a conservé quelques éléments du décor de la Petite Galerie : la corniche, les pilastres et les chambranles de la fenêtre, complétés par de nouvelles boiseries entre 1753 et 1767. Il faut particulièrement admirer les panneaux de l’alcôve, qui datent sans doute des travaux de 1753 mais qui ont été remontés en 1767 à leur emplacement actuel : Verberckt y a sculpté des trophées d’instruments de musique rappelant les goûts de la princesse, et des outils de pêche et de jardinage.

Madame Adélaïde eut un temps à son service deux des plus grands dramaturges du XVIIIe siècle : Goldoni, qui lui enseignait l’italien, et Beaumarchais qui fut son professeur de harpe. Une tradition (invérifiable) veut que les leçons se soient déroulées dans ce cabinet.

Plus tard, Louis XV, qui prenait ici son café, y exposa sa vaisselle d’or. Louis XVI y plaça l’extraordinaire cabinet en ébène et acajou, recouvert de plaques de porcelaine à décor de plumes d’oiseaux et d’ailes de papillons. Sur la cheminée, est disposé un beau buste de Louis XV enfant par Coysevox. Les deux plaques de porcelaine de Sèvres, représentant la Toilette de la Sultane et la Sultane donnant des ordres aux odalisques d’après Amédée Van Loo, ont été commandées par Louis XVI pour ses cabinets intérieurs.

 

La pièce de la Cassette

Ces bains du roi sont l’une des dernières œuvres commandées par Louis XV. Le style des boiseries, qui reproduit des gravures évoquant les plaisirs aquatiques dans des médaillons bordés de roseaux et de narcisses, avec effets d’or mat, d’or bruni (brillant) et d’or vert, atteste d’un goût nouveau. Ce n’est plus Verbeckt mais son rival Antoine Rousseau, aidé de ses fils, qui les a sculptées en 1771. La baignoire a été supprimée lorsque Louis XVI y a installé sa « pièce de la Cassette » où il tenait les registres de ses comptes privés.

La bibliothèque de Louis XVI

Cette bibliothèque, projetée par l’architecte Gabriel peu de temps avant la mort de Louis XV en 1774, a été à la fois la première commande du jeune Louis XVI et la dernière intervention de l’architecte à Versailles. Bénéficiant déjà de plusieurs bibliothèques dans les étages supérieurs, le roi hâta cependant les travaux de cette vaste pièce qui a l’avantage d’être de plain-pied avec son appartement.

En 1778, Louis XVI y fit placer la remarquable table ronde d’acajou de Sainte-Lucie, attribuée à l’ébéniste Quervelle. Quatre ans plus tard, il y installa la somptueuse commode de Riesener, rare meuble royal à avoir aujourd’hui retrouvé sa place d’origine.

La salle à manger des Porcelaines

Cette salle à manger a été créée sous Louis XV en 1769 pour ses soupers de retours de chasse. Elle occupe l’emplacement de deux pièces de l’ancien appartement de Madame Adélaïde, dont l’une, donnant sur la cour, était son grand cabinet où, selon toute vraisemblance, le jeune Mozart se produisit devant la famille royale au début 1764.

La pièce a surtout servi à Louis XVI et à Marie-Antoinette. Durant vingt ans, une quarantaine de convives s’assirent autour de la table à rallonges pour ces repas dits « de société », un nouveau type de souper à mi‑chemin entre les grands couverts officiels et les repas « en particulier ». Si le nombre des personnes conviées excédait le nombre de places assises, les hommes allaient au buffet dressé sur le billard dans la salle voisine. Cette salle à manger est aussi appelée salon des Porcelaines, car chaque année, à Noël, Louis XVI y faisait présenter les dernières productions de la manufacture de Sèvres.

Le salon des jeux de Louis XVI

À l’origine, il y avait là le cabinet des Curiosités de Louis XIV auquel on accédait alors par le salon de l’Abondance et dont il ne demeure aucune trace. Après plusieurs états intermédiaires, elle fut utilisée par Louis XVI comme salon des Jeux. Après le repas pris dans la salle à manger, les convives s’y rendaient pour le café et pour jouer. Le roi s’asseyait volontiers à une table de trictrac, tandis que ses frères jouaient l’un au billard dans la salle voisine, l’autre au whist.

Le mobilier, vendu à la Révolution, a pu être en grande partie racheté et replacé : les quatre encoignures commandées à Riesener en 1774, ainsi que les chaises livrées par Boulard en 1785. Sur les murs ont été également raccrochées des œuvres choisies par Louis XVI lui-même : des gouaches commémorant les victoires militaires de son grand-père Louis XV, peintes par Van Blarenberghe.

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