Les appartements des filles de Louis XV occupent, au nord du corps central, un emplacement équivalent à celui qu’occupent au sud les appartements du Dauphin et de la Dauphine. Comme eux, ils ont été transformés en salles de musée par Louis-Philippe et restitués plus tard dans leur état d’appartements princiers. Mesdames de France, comme on appelait les filles de Louis XV, s’y installèrent à partir de 1752, mais seulement deux d’entre elles, Adélaïde et Victoire les habitèrent jusqu’à la Révolution.

L’histoire de cet ensemble est complexe, tant les affectations et les distributions ont changé au cours des époques. Louis XIV y avait fait aménager le splendide appartement des Bains, dans la partie de l’enfilade occupée aujourd’hui par l’appartement de Madame Victoire. Il se composait de cinq pièces : un grand vestibule à colonnes (aujourd’hui scindé en trois petites pièces : le cabinet intérieur de Madame Adélaïde, la bibliothèque et le cabinet intérieur de Madame Victoire), la salle de Diane ou Pièce ionique (actuelle chambre de Madame Victoire), le salon octogone (actuel grand cabinet de Madame Victoire), une chambre des bains (seconde antichambre) et un cabinet des bains (première antichambre). Dans cette dernière pièce avait été installée la vaste baignoire octogonale en marbre de Rance qui se trouve aujourd’hui à l’Orangerie.

Les appartements des filles de Louis XV ont été l’objet d’une longue campagne de restauration et de remeublement entamée dans les années 1980 et achevée en 2013. Ils sont accessibles en visite libre. 

La première antichambre de Madame Victoire

C’est l’ancien cabinet des bains de Louis XIV – cabinet intérieur du comte de Toulouse de 1692 à 1724, de la comtesse de Toulouse de 1724 à 1750 et enfin de Madame Adélaïde de 1752 à 1753. Chambre de Madame Sophie de 1755 à 1767, elle devient alors la première antichambre de cette princesse, puis en 1769 celle de Madame Victoire.

Au-dessus des portes sont placés les portraits de deux ministres de Louis XV : le duc de Choiseul-Stainville par Louis-Michel Van Loo, et le duc de Choiseul-Praslin, par Alexandre Roslin. La commode en vernis Martin a été livrée en 1756 pour Madame Adélaïde.

La seconde antichambre de Madame Victoire

C’est l’ancienne chambre des bains, dont le sol et les murs étaient revêtus de marbre ; au fond, dans une alcôve encadrée de colonnes de marbre, était placé un lit de repos. Les volets intérieurs, au beau décor de dauphins et de congélations, sont les seuls vestiges de cette pièce qui fut ensuite la chambre du comte de Toulouse, puis de la comtesse de Toulouse, puis de Madame Adélaïde et enfin de Madame Victoire, lorsqu’elle partageait cet appartement avec ses sœurs Sophie et Louise. En 1767, on supprima l’alcôve et la pièce devint la seconde antichambre du nouvel appartement de Madame Victoire.

Les boiseries ont été faites vraisemblablement pour Madame Victoire. Les tableaux des dessus-de-portes, représentant des Fables de La Fontaine, ont été peints par Oudry pour le Dauphin. La commode de Riesener provient de la pièce des Nobles de la comtesse d’Artois dans l’aile du Midi. Un paravent de la Savonnerie d’après Blain de Fontenay et un cartel « au Chinois » en vernis Martin complètent l’ameublement.

Le grand cabinet de Madame Victoire

À l’origine, la pièce était le cabinet octogone de l’appartement des Bains de Louis XIV, l’une des créations les plus originales du Roi-Soleil, dont la richesse (marbres, sculptures et peintures) rivalisait avec celle du Grand Appartement. En 1763, Mesdames obtinrent que le décor, considéré alors comme démodé, fût remplacé ; de cette transformation subsistent la corniche, les boiseries aux angles de la pièce, ainsi que la belle cheminée. Deux clavecins, l’un signé de Rückers et l’autre de Blanchet, rappellent que Madame Victoire jouait admirablement de cet instrument, et que Mozart lui dédia deux sonates pour clavecin et violon.

La chambre de Madame Victoire

Ce fut l’antichambre ionique de l’appartement des Bains, ainsi nommée en raison des douze colonnes de marbre qui la décoraient. Seconde antichambre du comte de Toulouse, puis de la comtesse de Toulouse, puis de Madame Adélaïde et enfin de Mesdames cadettes, elle devint en 1767 la chambre de Madame Sophie et en 1769 celle de Madame Victoire.

Les belles boiseries sont l’œuvre d’Antoine Rousseau et la tenture d’alcôve en taffetas chiné reproduit le « meuble d’été » de Madame Victoire. En 1769, Péridiez livra les deux encoignures, qui furent vendues à la Révolution, passèrent en Russie puis en Angleterre, où elles ont été rachetées en 1982.

Le cabinet intérieur de Madame Victoire

Cette élégante petite pièce et les deux suivantes n’en formaient qu’une seule à l’origine : c’était le vestibule dorique de l’appartement des Bains, séparé en trois travées par deux rangées de colonnes en marbre de Rance, qui subsistent encore derrière les boiseries. Ce vestibule fut cloisonné dès 1724 pour constituer deux antichambres pour le comte et la comtesse de Toulouse ; l’antichambre de cette princesse fut à son tour divisée en 1767 pour former ce petit salon et la bibliothèque suivante.

Antoine Rousseau est l’auteur des admirables boiseries dont certains éléments ont pu être remis en place, ainsi que la cheminée en sérancolin.

La commode a été livrée en 1768 par Foullet pour l’appartement de Madame Victoire ; elle supporte une coupe d’albâtre qui a appartenu à la princesse. La table à écrire a été exécutée par Levasseur pour Mesdames au château de Bellevue.

La bibliothèque de Madame Victoire

Cette pièce fit d’abord partie de l’appartement suivant, puis elle fut rattachée à celui-ci. Elle est entresolée, et, dans l’entresol, se trouve un supplément de bibliothèque.

Les armoires abritent quelques livres reliés aux armes de Mesdames, provenant de leur bibliothèque de Versailles ou de celle du château de Bellevue, un coffret contenant une collection de cartes de géographie ayant appartenu à Madame Élisabeth, nièce de Mesdames, des éléments d’un service à café en porcelaine de Sèvres à décor chinois, livré en 1775 pour Madame Adélaïde, et une sonnette de table en vermeil au chiffre et aux armes de Madame Victoire.

Le petit bureau à pente a été livré pour Madame Sophie ou Madame Louise en 1760, à leur retour de l’abbaye de Fontevraud. Les chaises ont fait partie du mobilier de Madame Victoire au château de Bellevue.

Le cabinet intérieur de Madame Adelaïde

Cette petite pièce fut célèbre en son temps en tant que cabinet de laque rouge de Madame de Pompadour. En effet, la maîtresse de Louis XV, une fois devenue « l’amie » du roi en 1750, occupa ce qui allait par la suite devenir l’appartement de Madame Adélaïde ; elle y mourut d’ailleurs en 1764. Avec ses meubles du plus grand raffinement et ses souvenirs du château de Bellevue, la résidence préférée de Mesdames, l’aménagement actuel du cabinet intérieur de Madame Adélaïde évoque cette princesse qui, aux dires de la comtesse de Boigne « avait un besoin extrême des recherches inventées par le luxe ».

La chambre de Madame Adélaïde

Ce fut la chambre à coucher du fils légitimé de Louis XIV et de Mme de Montespan, le comte de Toulouse, de 1724 à 1737, puis du duc de Penthièvre, fils de ce dernier, de 1737 à 1744, et de la duchesse de Penthièvre de 1744 à 1750. Elle devint alors la chambre de la marquise de Pompadour, qui y mourut le 15 avril 1764. Elle fut prévue pour devenir la chambre de Marie-Josèphe de Saxe après son veuvage en 1765, mais la Dauphine mourut, le 13 mars 1767, sans avoir pu s’y installer ; cependant, après sa mort, elle fut exposée ici sur un lit de parade. La chambre devint celle de Madame Victoire de 1767 à 1769, et enfin de Madame Adélaïde de 1769 à 1789.

Les boiseries ont été vraisemblablement exécutées pour la Dauphine en 1766, à l’exception des bordures des dessus-de-portes, qui sont sans doute un « remploi » du décor de la chambre de Mme de Pompadour : elles encadrent quatre peintures de Natoire représentant des allégories de la Peinture, de la Sculpture, de l’Architecture et de la Musique.

Dans l’alcôve, dont la tenture évoque le « meuble d’été » de Madame Adélaïde, sont accrochés les portraits de Louis XV par Carle Van Loo, et de Mesdames Sophie et Louise par Drouais. Sur la cheminée, un beau buste du Dauphin, frère de Madame Adélaïde, par Augustin Pajou. Les admirables sièges ont été exécutés vers 1770 par Nicolas-Quinibert Foliot et proviennent de l’ancien mobilier royal.

Le grand cabinet de Madame Adelaïde

C’est Madame de Pompadour qui donna à cette pièce sa forme actuelle, et la cheminée de sérancolin a été posée pour elle. Les riches boiseries qui l’ornaient ont entièrement disparu, mais on a pu rétablir la corniche faite pour Madame Adélaïde. L’orgue installé dans la niche (qui abritait à l’origine un canapé) est réputé avoir été réalisé pour un membre de la famille royale mais son identification reste encore incertaine. Il a été placé dans cette pièce pour évoquer le grand attrait des enfants de Louis XV pour la musique : Mesdames et leur frère le Dauphin jouaient en effet supérieurement de plusieurs instruments. Nattier a peint les portraits des sœurs aînées de Madame Adélaïde : Madame Élisabeth, duchesse de Parme, et Madame Henriette jouant de la basse viole. Madame Adélaïde avait placé ce dernier tableau dans son grand cabinet. En dessus-de-porte sont visibles Mesdames Victoire, Sophie et Louise par Drouais, et sur la cheminée, le buste de Madame Élisabeth, sœur de Louis XVI et nièce de Madame Adélaïde.

La salle des Hoquetons

Grande salle où se réunissaient les gardes de la prévôté de l'Hôtel, les "hoquetons", chargés de la police intérieure du Château sous Louis XIV, la salle des Hoquetons, située au rez-de-chaussée du corps central côté Nord, était considérée comme un vestibule dépendant de l'escalier des Ambassadeurs. Elle reçut donc à partir de 1672 un décor conçu par Charles Le Brun dans la continuité de l'escalier du Roi, constitué de statues trompe l'oeil et de trophées en grisaille d'or. Divisée en deux antichambres en 1750 à la demaine de Madame de Pompadour, la pièce des Hoquetons retrouva ses volumes d'origine sous Louis-Philippe, lors des travaux conduits par l'architecte Frédéric Nepveu. Témoignage unique du décor peint des années 1670, les peintures, découvertes au début du XXe siècle, furent restaurées en 1950.Dans les niches sont placées deux statues : un buste de Maure en marbre polychrome provenant des collections des princes Borghese, et une admirable figure de femme drapée dont le corps est antique, mais dont la tête et les bras en bronze sont l’œuvre de l’Algarde, célèbre sculpteur romain du XVIIe siècle.

Aménagé à partir de 1665, le bosquet du Labyrinthe fut orné entre 1672 et 1674 d'un ensemble de trois cent trente animaux de plomb composant les fontaines du bosquet. Détruit en 1775, il ne reste de cet ensemble que trente-cinq animaux, ainsi que les deux statues d'Esope et de L'Amour, placée à l'entrée du bosquet. Destinés à orner les trente-neuf fontaines illustrant divers épisodes de la fable antique, ces animaux étaient mis en scène par un usage intensif des effets hydrauliques, et étaient polychromes. Plus ou moins fragmentaires, ces sculptures animalières forment une collection unique au monde.

Par ses proportions, sa proximité avec les jardins et ses décors contemporains du bosquet du Labyrinthe, cette salle des Hoquetons constitue un écrin pour l'exposition d'une quinzaine de sculptures, vestiges des diverses fontaines du Labyrinthe. Les groupes du Renard mettant le feu à l'arbre qui supporte le nid des aiglons et des Trois Singes, par Etienne et Jacques Blanchard, ainsi que les deux Singes chevauchant un bouc, par Pierre Legros et Benoît Massou, ou encore le Coq par Etienne Le Hongre, le Renard par Jean-Baptiste Tuby et l'Ourson par Pierre Legros et Benoît Massou seront exposés. De même, les spectaculaires Dragon par Pierre Mazeline et le Serpent par Jacques Houzeau seront présentés, non loin des animaux qui composaient la fontaine du Singe Roi, ensemble substituant le plus complet (Bouc, Ours, Loup, Chien et Singe par Pierre Mazeline). Enfin, le Paon par Jean-Baptiste Tuby, l'un des trois conservés, est également exposé.

 

Visite guidée

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Visite guidée - Chez Mesdames, filles de Louis XV

Deux princesses royales, Madame Adélaïde et Madame Victoire, vécurent dans ces appartements jusqu’à la Révolution.

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