Construit sur un terrain marécageux, le domaine de Versailles présente le paradoxe de manquer d’eau. Or, tout au long de son règne, Louis XIV ordonne la création de fontaines et bassins aux jeux toujours plus nombreux et complexes pour lesquels la quête de l’eau relève de l’épopée.

À Versailles, où tout est à faire, au milieu d’obstacles qui paraissent invincibles, André Le Nôtre, Premier jardinier du Roi-Soleil, se surpasse pour « domestiquer la nature ». Transformant la plaine marécageuse et forestière en jardins qualifiés de « plus beaux d’Europe » ; magnifiés par des fontaines aux jeux d’eau des plus sophistiqués.

La magie de l'eau

Perfectionnée par les Francine, célèbres fontainiers de Louis XIV, la palette des effets d’eau est d’une variété sans pareil à Versailles ; entre lances, jets, bouillons, cascades, nappes, gouffres…
Le choix de la forme, des hauteurs et du nombre de jets d’eau participe à raconter l’histoire de chaque fontaine. Tandis que les multiples sons qui en découlent – parfois complétés par des éléments de décors – transmettent l’intensité des émotions propres à chaque thématique. Ainsi, pour traduire la puissance et la force, on fait jaillir de grandes gerbes, comme à l’Encelade pour évoquer son cri. Le génie des Francine est d’avoir su combiner distinctement tous ces effets qui se dessinent et se lisent malgré la profusion d’eau. Avec ses 101 jets d’eau, le bassin du Neptune en reste le plus remarquable exemple.

À la fin du règne de Louis XIV, les jardins de Versailles comptent 1600 jets d’eau – soit quatre fois plus qu’aujourd’hui – qui consommaient 6 300 m3 d’eau par heure. Or, pour satisfaire ce besoin d’eau toujours croissant, sur un site qui en est dépourvu, savants et académiciens ont été mobilisés ; donnant lieu à la plus importante évolution des techniques hydrauliques depuis l'époque romaine.

Le défi de l’eau

Au XVIIe siècle les connaissances en hydraulique ont peu progressé depuis l’empire romain et c’est un véritable défi lancé aux ingénieurs de cette époque que de faire venir l’eau à Versailles. Il n’existe que des dénivellations très faibles et les moyens techniques étaient rudimentaires. Les tuyaux étaient faits de troncs d’arbres forés, de cuivre, de poterie, qui ne résistaient pas à de fortes pressions. Quant aux conduites en plomb, elles contenaient trop d’impuretés et cédaient régulièrement. La volonté de Louis XIV a donc permis le développement de la science hydraulique.

Pourquoi louis xiv aimait-il tant les jeux d'eau ?

Sous son règne tout un ensemble de pompes, d’aqueducs, de réservoirs et d’étangs artificiels est créé. Les conduites en fonte se généralisent, les moulins se perfectionnent.

La quête de l’eau nécessite d’aller si loin, que de nouvelles lunettes de visées sont mises au point afin de réaliser, avec une précision jamais atteinte, les tracés et mesures de hauteur des terrains environnants. Ceci dans le but d’installer un réseau hydraulique reposant entièrement sur un système gravitaire de collecte des eaux en hauteur, sur les plateaux environnants, pour les acheminer jusqu’aux réservoirs de Versailles en contrebas.

En 1680, le Roi-Soleil fait appel aux ingénieurs et hydrauliciens de toute l’Europe afin de trouver un moyen d’acheminer les eaux de la Seine 150 mètres plus haut, jusque dans les jardins de Versailles. Ainsi, naît la Machine de Marly cinq ans plus tard. Malheureusement disparue depuis.

Que la Seine s’élève…

De toutes les innovations hydrauliques, la Machine de Marly est sans conteste, la plus spectaculaire. Surpassant deux millénaires d’histoire des machines à eau, elle est conçue par l’ingénieur liégeois Rennequin Sualem, et s’inspire des pompes de mines en Wallonie. L’essai concluant réalisé avec un modèle de taille plus modeste, permet de lancer son gigantesque chantier en 1681. Un barrage a d’abord été construit entre Bezon et Marly, afin de générer une chute d’eau de deux mètres de hauteur dont la puissance faisait tourner les 14 roues à aube de la machine. Ces roues de 12 mètres de diamètre actionnaient alors des pompes réparties sur trois étages, reliées par un réseau de chaînes parcourant 700 mètres de coteaux. Enfin, l’aqueduc de Louveciennes – d’une longueur de 643 mètres – réceptionnait l’eau de la Seine et la conduisait jusqu’au réservoir des Deux Portes à Versailles.
Quatre ans de travaux et la mobilisation de 1 800 hommes ont été nécessaires pour achever la construction de la Machine de Marly. Les coûts sont considérables : 3,5 millions de livres, auxquels s’ajoutent ceux, encore plus importants, de son entretien... pour un résultat finalement décevant. Après huit évolutions, elle est définitivement abandonnée en 1960.

L’aventure de la recherche et de la création de nouveaux réseaux hydrauliques prend fin en 1695. Une épopée de 32 ans !

 

Les Grandes Eaux

Les grandes eaux à Versailles, Eugène Lami, 1864
Lien vers le site collection


Les premières « Grandes Eaux » de Versailles ont lieu le 27 avril 1666. Il s’agit alors d’ouvrir simultanément l’ensemble des fontaines et bassins ; ou du moins, concomitamment au passage du Roi-soleil, signalé à l’aide d’un sifflet.

Depuis plus de  350 ans, les fontaines et bassins jouent les eaux créées par Louis XIV, et donnent vie aux jardins peuplés de dieux mythologiques. Mais c’est au cours du XIXe siècle, que naissent les spectacles des Grandes Eaux telles que nous les connaissons aujourd’hui. Si une période de désuétude s’abat sur les Eaux après la Révolution, elle ne dure que jusqu’en 1804 et prend fin avec le retour des fêtes instauré par Napoléon Bonaparte.

Jusqu’en 1831, les festivités autour des « jeux d’eau » se multiplient. Puis grâce à la création en 1837 de la Compagnie des chemins de fer, offrant un accès rapide de Paris à « Versailles Rive gauche », Parisiens et visiteurs étrangers encouragent le développement progressif des Grandes Eaux. Ainsi, en 1855, « Huit ou dix fois par été, l’annonce de ces eaux merveilleuses met en mouvement cinquante ou soixante mille curieux ».

Le programme se diversifie avec des « Fêtes et illuminations des jardins de Versailles », réalisées grâce à l’éclairage au gaz, et de nombreux « Feux d’artifice ». Ces Fêtes de nuit attirent les foules. Sont alors engagées, des restaurations importantes tant au niveau de l’œuvre architecturale des fontaines et de la statuaire que des ouvrages et des infrastructures hydrauliques.

L’évolution des technologies et des matériaux permet la modernisation du réseau : remplacement de conduites en plomb par des conduites en fonte conçues sur mesure, et des robinets à boisseau par des robinets-vannes.

Dès 1931, les Grandes Eaux jouent désormais tous les dimanches « au prix modique de 3 500 francs », malgré le manque d’eau dans les réservoirs dû aux grandes crues de la Seine ayant causé l’interruption du fonctionnement de la Machine de Marly ; et à la gestion des réservoirs pour les besoins de la population locale. L’eau utilisée provient des étangs artificiels créés par Louis XIV entre Versailles, Rambouillet et Palaiseau, et pour partie de pompages dans des puits forés en 1922 dans la plaine de Croissy à 10 kilomètres. La quantité d’eau nécessaire par Jeu d’Eau de l’ensemble est de 8 500 m3. Nous en consommons actuellement presque trois fois moins sur les effets d’eau.

Grandes Eaux Musicales et Nocturnes

Aujourd’hui, les Grandes Eaux Musicales offrent le spectacle voulu par Louis XIV. Tous les week-ends d’avril à novembre, les bosquets habituellement fermés se dévoilent aux visiteurs. Les talkies walkies remplacent dorénavant les sifflets pour l’ouverture synchronisée de tous les bassins et fontaines par les équipes. Tandis que le fontainier chargé de la « conduite générale » s’assure du bon fonctionnement de l’ensemble du réseau hydraulique, contrôle l’ouverture ainsi que la qualité des jeux d’eau. De métal ou de marbre, dieux, humains et animaux sculptés semblent s’animer quelques instants… accompagnés des plus grands compositeurs baroques tels que Lully, Charpentier ou encore Couperin.

Les samedis de juin à septembre, s’ajoutent les Grandes Eaux Nocturnes pour lesquelles les jardins à la française se parent de mille feux ; dans la lignée des Fêtes de nuit. Bosquets, fontaines et bassins, mis en eau et en lumière au rythme de la musique du Roi-Soleil, se découvrent en 2 h 30 de promenade féerique : de la Grande Perspective où s’admirent statues, topiaires et bassins élégamment illuminés, au Tapis Vert vibrant à la cadence de flammes monumentales, en passant par le bosquet de la Salle de Bal qui invite à la danse, entouré de mille et une bougies… Pour atteindre le point d'orgue au Bassin de Neptune, où s’enchainent de magnifiques compositions de jets d'eau, des chorégraphies baroques et cascades de lumière, jusqu’au grand feu d’artifice final.

Fontainiers à Versailles, tout un art

Les fontainiers de Versailles sont chargés de préserver, restaurer et restituer le patrimoine hydraulique du domaine. Un métier impliquant la maîtrise des techniques du XVIIe siècle – telles que la soudure à la louche – et l’usage de technologies de pointe ; reconnu métier d’art depuis mars 2014. Ils sont aujourd'hui sept, au service des fontaines de Versailles, Trianon, Marly et Saint-Cloud, à veiller, dans les coulisses du parc, au bon fonctionnement des infrastructures et à leur restauration.

La plupart des fontaines fonctionnent toujours manuellement, grâce à une clef lyre d’époque. Celle-ci permet de tourner le carré placé au-dessus des vannes « types Versailles », ayant la particularité de s’ouvrir dans le sens des aiguilles d’une montre. Néanmoins, d'autres sont entièrement automatisées grâce à l’adjonction d’un équipement de dernière génération au fil des décennies.

Cette union des techniques traditionnelles et des technologies contemporaines se retrouve également dans l'organisation du cheminement de l'eau. S’il se fait toujours essentiellement comme à l'époque de Louis XIV, via la force gravitaire, des pompes modernes ont été installées pour fonctionner en circuit fermé : elles refoulent l'eau du Grand Canal vers le réservoir de Montbauron, d'où elle s'écoulera à nouveau progressivement. 

Le réseau souterrain actuel compte de 35 kilomètres de canalisations permettant à 9 000 m3 d’eau de fuser dans les 55 bassins et fontaines pour 2h30 de spectacle.  

A lire également, l'article Eaux de Seine, eaux blanches et bonnes à boire publié sur le blog Les Carnets de Versailles.

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