Versailles. Le nom évoque les intrigues, les chasses, les fêtes, et surtout l’art, omniprésent. Mais Versailles, lieu de sciences ? L’idée paraît incongrue. Pourtant, bien des savants, parmi les plus renommés, fréquentaient la cour, d’autres venaient à Versailles pour une démonstration devant le roi, consécration suprême, équivalente à un prix Nobel.

De 1682 à 1789, Versailles exerce une tutelle sur les sciences par l’entremise de l’Académie royale, fondée en 1666, et devient un terrain d’expérimentations privilégié pour les savants. Le Parc et les Jardins, par leur ampleur sans précédent et par leurs besoins en eau, nécessitent le recours à la géodésie, à la perspective-optique et à l’hydraulique. Les démonstrations expérimentales, mises en scène comme de véritables spectacles, obtiennent un immense succès à la Cour. Sciences et techniques participent ainsi à la beauté des lieux. En retour, elles sont glorifiées à travers leur évocation dans les décors des Grands et Petits Appartements.

Les rois se passionnent pour les sciences et la pratiquent dans leurs cabinets privés. Louis XV, féru d’astronomie et de médecine, découvre ensuite dans la botanique un autre moyen de se « désennuyer ». Quant à Louis XVI, il se passionne pour la marine et la géographie, pour les expéditions telles que celle de La Pérouse, mais s’adonne aussi à la mécanique, à la physique et à la chimie. La pratique personnelle des souverains suscite l’invention d’instruments scientifiques d’une richesse inouïe.

Cette exposition en ligne propose d’explorer de manière divertissante les chemins de la connaissance à travers des anecdotes inédites et spectaculaires. Le rapport intime entre les sciences et le pouvoir introduit cette exposition. Sont ensuite abordés l'astronomie, la géographie, l'ingéniérie hydraulique, les sciences de la nature, la médecine et la chirurgie, la physique et la chimie, les objets de science enfin.

Chapitre 1 : Sciences et pouvoir

Dirigée par Colbert, l'Académie royale des Sciences (ou Académie royale) instaure un nouveau contrat entre le pouvoir et les savants : pensionnés et libres de poursuivre leurs recherches, ils doivent se mettre au service de l’État afin de répondre aux objectifs pragmatiques du royaume. Sont ainsi favorisées l’astronomie pour la navigation, la géométrie et la chimie pour l’artillerie, la géodésie et la cartographie à des fins cadastrales et fiscales, la médecine et l’apothicairerie pour la santé publique, la botanique et l’agronomie pour lutter contre les famines, la physique pour ses applications techniques.

chapitre 2 : l'astronomie, reine des sciences

Au XVIIe siècle, l’astronomie, seule estimée digne des rois, est la reine des sciences. Elle prend en France un élan décisif à partir de 1666, lorsque Louis XIV fonde la nouvelle Académie royale des Sciences et l’Observatoire de Paris. Déjà rejointe par le grand savant hollandais Christiaan Huygens, l’Académie fait appel au célèbre astronome Giovanni Domenico Cassini, gloire de l’université de Bologne, pour prendre les rênes de l’Observatoire de Paris.

À Versailles, l’astronomie est partout présente : représentée dans les décors des plafonds ou enseignée aux jeunes princes au moyen de somptueux globes célestes et terrestres. Par ailleurs, l’observation du ciel au télescope était toujours un émerveillement : le 22 mai 1724, dans les jardins de Trianon, Jacques Cassini, Louis XV et toute la Cour assistent à l’éclipse totale du soleil.

Enfin, l’astronomie a une importance stratégique essentielle pour le Royaume : les observations apportent une avancée décisive à la résolution de la question des longitudes qui perdure tout au long du XVIIIe siècle. Elles permettent de renforcer la précision des cartes pour la navigation, et ainsi la puissance politique et militaire du Royaume.

chapitre 3 : À la découverte du monde, la géographie

La géographie est depuis toujours une science corollaire à l’exercice du pouvoir : elle est associée à la connaissance de la Terre, à la découverte de nouveaux mondes, et celui qui maîtrise les cartes maîtrise le territoire qu’il gouverne. Tout au long du XVIIIe  siècle, la dynastie des Cassini contribue à donner à la géographie ses lettres de noblesse. De même, la géographie prend une place de choix dans l’architecture des appartements royaux : implanté au premier étage sur la cour des Cerfs, le roi dispose d’un cabinet privé de géographie où il peut s’adonner au plaisir de dessiner des cartes sur une table spécialement conçue.

 

chapitre 4 : Cascade de travaux, l'ingénierie hydraulique

Dès les débuts, le chantier de Versailles devient un terrain d’expérimentations privilégié pour les savants. À la création du domaine, le Parc et les Jardins, par leur ampleur et par leurs besoins en eau, sollicitent de nouvelles connaissances scientifiques et techniques.

Pour l’arpentage, le nivellement du terrain et le tracé des perspectives sur des distances inédites, les académiciens ont recours à la géodésie, à la géométrie, à la perspective-optique. Pour faire jaillir l’eau des fontaines, toujours plus nombreuses sur un site qui en est dépourvu, les ingénieurs imaginent un spectaculaire réseau hydraulique. Trouver des eaux pour Versailles nécessite alors d’aller si loin que de nouvelles lunettes de visées sont mises au point par des astronomes et que les calculs doivent prendre en compte la réfraction atmosphérique et la rotondité de la terre.

 

chapitre 5 : Botanique et zoologie, le goût de l'exotisme

Véritable laboratoire de botanique, le Potager du roi, sous l’égide de Jean-Baptiste de La Quintinie, concentre les innovations les plus importantes. Le Potager royal est à la fois une source d’approvisionnement alimentaire puisqu’il est destiné à fournir en fruits et légumes la table du roi, mais aussi un lieu de recherches scientifiques avec l’application de nouvelles techniques d’acclimatations et de forçage des légumes, grâce en particulier aux coûteuses serres chaudes et cloches de verre.

De même, la Ménagerie domestique de Louis XV participe à l'alimentation de la Cour. En revanche la Ménagerie royale de Versailles, créée pour l'agrément, participe au développement de la zoologie et de l’anatomie comparée en fournissant notamment aux savants les cadavres de ses animaux. Et en janvier 1681, la dissection devant toute la Cour de l’éléphant du Congo offert par le roi du Portugal, fut un véritable événement mondain.

 

chapitre 6 : La santé des rois, médecine et chirurgie

Au XVIIe siècle, la médecine jouit d’un très grand prestige. Les médecins, beaux esprits, sommités de la Faculté, grands botanistes et grands chimistes, tiennent alors le haut du pavé malgré l’inefficacité relative des soins qu’ils prodiguent, essentiellement des saignées et des bouillons purgatifs. À l’inverse, les chirurgiens font partie de la corporation des barbiers. Peu considérés, ce sont des praticiens et non des savants, ils se limitent à « raser, saigner, accoucher ».

L’année 1686 marque un tournant. Le succès et la publicité phénoménale de la réussite de l’opération de la fistule de Louis XIV, rehausse de manière décisive le prestige de la discipline qui atteint son apogée institutionnelle sous le règne de Louis XV, avec la création en 1731 de l’Académie royale de Chirurgie.

Rois et princes accomplissent un geste fort en faveur de la science lorsqu’ils soumettent leur corps sacré et leur sang royal à l’acte médical, lui conférant valeur d’exemple et de garantie : ainsi en est-il de l’opération de la fistule mais aussi de l’inoculation des princes contre la variole au lendemain de la mort de Louis XV.

 

chapitre 7 : la science spectacle, physique et chimie 

Si le jeu a toujours occupé une place importante à la cour de Versailles, les démonstrations de chimie et de physique expérimentale sont au cœur de la science spectacle du XVIIe et XVIIIe siècles. À Paris comme à Versailles, tous s’enthousiasment pour ces démonstrations aussi merveilleuses que surprenantes.

 

chapitre 8 : Mécanique, Automates et Montgolfière

L’intérêt que porte Louis XVI à l’horlogerie, à la serrurerie et au travail au tour est bien connu. L’extraordinaire secrétaire en trois parties, aujourd’hui perdu, réalisé par Roentgen et doté par Mercklein des mécanismes permettant de jouer jusqu’à douze airs d’orgue différents illustre l’apogée de ces savoir-faire. Installé après 1780 dans l’ancienne salle des retours de chasse, il rappelle la prédilection du roi pour les chefs-d’œuvre techniques, et le soutien qu’il apporte aux artisans qui les produisent.

 

commissariat

  • Hélène Delalex,  Conservateur du patrimoine, collections Mobilier et objets d’art.
  • Géraldine Bidault, chargée d’études documentaires et responsable de la photothèque numérique.

Le château de Versailles a présenté l'exposition Sciences et curiosités de Versailles du 26 octobre 2010 au 3 avril 2011, avec le commissariat de Béatrix Saule et Catherine Arminjon.

Cette exposition a fait l'objet d'une websérie vidéo, en ligne sur la chaine YouTube du Château de Versailles.

En amont de l'exposition de 2011, le thème des sciences à Versailles a fait l’objet d’un programme de recherches entre 2007 et 2010, Sciences et pouvoir : le prince et le savant dans les cours européennes aux XVIIe et XVIIIe siècles dirigé par Antoine Picon, professeur d’histoire de l’architecture et des techniques à l’université Harvard aux États-Unis, et Thomas Widemann, astrophysicien à l’Observatoire de Paris. 
La présentation du programme ainsi que les productions associées sont disponibles sur le site du Centre de recherche du château de Versailles.

Mécénat

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