Situé à 7 km au nord-ouest de Versailles, à mi-chemin avec le château de Saint-Germain-en-Laye, Marly est l’autre réalisation majeure de Louis XIV. Il en fit sa résidence de plaisance dont il restreignait l’accès à seulement quelques courtisans choisis avec soin. Jules Hardouin-Mansart y témoigna de son double talent d’architecte et de jardinier, y livrant une des créations les plus originales du Grand Siècle. Si le château de Marly a été détruit au début du XIXe siècle, il reste encore aujourd’hui le parc et des éléments comme l’Abreuvoir, avec ses deux bassins.

Au printemps 1679, le Roi-Soleil crée à Marly un chef-d’œuvre de l’architecture et des jardins français du XVIIe siècle dont il souhaite faire, à la fois, un palais des plaisirs et un lieu de retraite, loin de la Cour

« À la fin, le Roi, lassé du beau et de la foule, se persuada qu’il voulait quelquefois du petit et de la solitude. »
Mémoires, duc de Saint-Simon

Située dans un vallon encaissé, la résidence royale n’est visible qu’une fois franchies les limites du domaine. Elle est dissimulée, près du village de Marly, dans la forêt. Les travaux durent plus de cinq ans. La première visite de Louis XIV a lieu en novembre 1683, et son premier séjour en 1686.

Rompant avec la tradition du château français entre cour et jardins, l’architecte Jules Hardouin-Mansart développe un plan éclaté, avec plusieurs pavillons disposés suivant deux grands axes de perspective. Au centre, un grand pavillon accueille le roi et sa famille. Au-devant, de part et d’autre du miroir d’eau, sont disposés, à l’instar des planètes autour du soleil, douze petits pavillons destinés aux invités. Quatre pavillons de service flanquent le pavillon royal : celui des gardes, la chapelle et ceux des offices. En 1688, l'on aménage, dans l'un des pavillons, des bains pour les invités. En 1703, l'on transforme les deux derniers pavillons de chaque côté de la pièce d’eau centrale pour y installer les Globes dits de Coronelli. Ces derniers en sont retirés en 1715, avant le décès du roi. Ils sont aujourd’hui conservés à la Bibliothèque nationale de France.

Particulièrement original par sa composition générale, Marly offre une synthèse de la villa Rotonda d’Andrea Palladio à Vicence, avec un plan centré pour le pavillon royal, et de la tradition française des pavillons de chasse, tel que le donjon de Chambord. Quant à la disposition des pavillons, elle relève aussi de l’architecture éphémère des fêtes. En 1674, par exemple, déjà des pavillons étaient implantés lors du feu d’artifice donné sur le Grand Canal à Versailles. Semblables à un décor de fête ou de théâtre, les façades des pavillons de Marly arborent des décors polychromes flamboyants. Constitués de trompe-l’œil peints à fresque sur enduit, leur dessin a été donné par le Premier peintre du roi, Charles Le Brun. Sur le mur aveugle qui réunit les deux pavillons des offices, le roi a fait peindre une fausse colonnade ouvrant sur un jardin qui inspirera celle du Grand Trianon.

L’ensemble est placé au cœur des jardins. Si, pendant les premières années, ceux-ci sont dépouillés, et ne consistent qu’en glacis de gazon et alignements d’ifs, avec une pièce d’eau centrale et quelques bassins alentours aux jeux d’eau réduits, le Roi-Soleil s’applique par la suite à les aménager, et ce sans relâche. Ils se composent, au centre, de parterres et, de part et d’autre d’un axe nord-sud, de bosquets, l’un au levant et l’autre au couchant. Les pavillons des invités sont reliés par des berceaux de treillages et bordés d’allées jalonnées d’ifs et d’arbres diversement taillés.

Du fait de la proximité de la Seine, nappes et jets d’eau abondent à Marly, grâce à la fameuse et colossale « machine » disposée sur le fleuve, chef-d’œuvre d’ingénierie hydraulique du temps, réalisée à partir de 1682 et dont l’abduction d’eau est opérationnelle en 1685. La quantité des eaux permet au roi de produire des cascades, ce qu’il n’a pu faire à Versailles. Sont ainsi crées La Rivière (1696-1697), gigantesque cascade au décor de marbre située au sud du pavillon royal, et La Cascade champêtre, aménagée dans le bosquet du Levant (1701). Au nord, un abreuvoir monumental (1698-1699) est construit pour servir de porte symbolique au bas des jardins où il existe encore aujourd’hui.

Outre Jules Hardouin-Mansart et Charles Le Brun, les meilleurs artistes participent à l’enchantement des lieux. Leurs œuvres sont aujourd’hui visibles dans la cour Marly du Louvre. On retiendra les fameux chevaux des frères Coustou, à l’Abreuvoir, venus remplacer, au XVIIIe siècle, la Renommée et le Mercure de leur oncle Coysevox, transférés à l’entrée des Tuileries. Marly, c’est aussi, dans le pavillon du roi, les scènes de batailles de Van der Meulen et les premières cheminées à la française, surmontées d’un trumeau de glaces, par Pierre Le Pautre, prémices du décor des salons français du XVIIIe siècle.

La richesse de ces eaux jointe à celle des bâtiments et des jardins, font du lieu, aux dires des contemporains, « le plus bel endroit du monde ».

Le roi, les promenades et les « Marly »

Louis XIV vient à Marly très souvent pour un après-midi, occasion pour lui de se promener dans les jardins, voir les jeux d’eau et suivre les travaux qu’il y a ordonnés.

« Il fait toujours travailler à de petites choses dans les jardins pour s’amuser. »
Journal du marquis de Dangeau

Les dernières années de son règne, le Roi-Soleil y passe jusqu’à plus d’un tiers de l’année.

En dehors des promenades, le roi séjourne à Marly quelques jours, voire quelques semaines. Ces séjours, appelés « Marly », sont réclamés avidement par les courtisans qui supplient : « Sire, Marly ». On ne peut, en effet, suivre le roi que sur invitation expresse. Sous Louis XV et Louis XVI, si les « Marly » perdurent, l’accès à la résidence royale devient moins strict, à tel point qu’en 1746, tous ceux qui en font la demande peuvent y venir. Marly subira une certaine désaffection, conséquence de la forte concurrence des petits châteaux fréquentés par les souverains tels que Saint-Hubert, La Muette, Choisy ou Bellevue.

Dans la résidence privée, l’étiquette se fait moins dure : les hommes restent couverts en présence du roi et les dames sont autorisées à porter leur robe de chambre, toilette de ville. Lieu de détente et de divertissement, la résidence royale voit se succéder concerts, mascarades, bals, loteries, collations, jeux de cartes et jeux dans les jardins dotés d'une escarpolette (grande balançoire), d'une ramasse (ancêtre des montagnes russes) et de plusieurs mails (ancêtre du golf). L’activité principale du roi à Marly reste la chasse qu’il pratique dans un immense parc.

De la fin de la résidence royale au domaine national de chasse

La dernière visite de Louis XVI à Marly date du 23 juin 1789, et la résidence royale continue tant bien que mal à fonctionner jusqu’au 10 août 1792. La monarchie abolie, le domaine est mis sous séquestre, puis le mobilier qui n’a pas été jugé d’importance nationale mis en vente. Le domaine est fouillé pour récupérer les métaux, les bois sont coupés et vendus, puis les sculptures dispersées. Enfin le domaine est cédé, en 1799, à un premier acquéreur qui débute les démolitions, puis revend, en 1803, le site à un industriel qui y installe une filature et une fabrique de draps. En 1805, grevé de dettes, l'industriel tente de vendre le domaine à l’empereur Napoléon Ier qui refuse l’année suivante. C’est l’arrêt de mort de Marly. Le propriétaire décide alors de tirer de l’argent de tout ce qui reste de l’ancienne résidence des Bourbons. Les démolitions débutent, laissant Marly dans l’état où il est aujourd’hui, fantôme de ce qu’il fut.

Marly est finalement racheté par Napoléon en 1811, et le domaine redevient alors ce qu’il avait été au départ : un domaine de chasse où, de Charles X à François Mitterrand, les rois, empereurs et présidents de la France viennent pratiquer l’art cynégétique.

Depuis le 1er juin 2009, les 53 hectares classés Monuments Historiques du domaine national de Marly sont placés sous la responsabilité de l’Établissement public du château, du musée et du domaine national de Versailles.

 

 

 

 

Les Jardins

L'art de la perspective

Les Jardins
Le Château

Du siège du pouvoir au musée de l’Histoire de France

Le Château