Héritier de la dynastie des Romanov, Pierre le Grand (1672-1725) gouverne la Russie depuis vingt-huit ans lorsqu’il visite la France en 1717. Dans les premières années de son règne, ce grand réformateur avait déjà parcouru l’Europe pour nourrir ses grands projets, sans toutefois passer par la France qui avait refusé de le recevoir pour des questions diplomatiques. Cette fois, c’est de Versailles qu’il vient s’inspirer.

Alléché par les récits de ses contemporains, le tsar souhaite voir de ses propres yeux la magnificence des résidences royales françaises, alors que son palais de Peterhof est en chantier. En France, le pouvoir accueille en grande pompe ce puissant monarque en qui il voit un allié précieux dans la lutte d’influence avec les Habsbourg.

Réputé indomptable et fantasque, Pierre le Grand bafoue l’étiquette à plusieurs reprises, installant des filles de joie dans l’ancien appartement de la prude Mme de Maintenon qu’il a tenu à rencontrer malgré son âge avancé. En un geste spontané qui a marqué l’Histoire, il saisit le jeune Louis XV dans ses bras, manifestant une affection quasi-paternelle. Séduit par « l’enfant roi », il aurait souhaité lui offrir sa fille en mariage, mais le projet échoue.

Le séjour français de Pierre le Grand se révèle autrement fécond, et plusieurs de ses centres d’intérêt trouvent des applications à Saint-Pétersbourg peu après son retour. La Manufacture des Gobelins inspire ainsi la création d’une manufacture de tapisserie, et, sur le modèle de la Manufacture royale des glaces, le lancement d'une abondante production de miroirs, défiant l’église orthodoxe qui interdit de s’y contempler.

À Versailles, le tsar est davantage fasciné par les jardins que par l’architecture du palais, qu’il juge disproportionnée. Il est frappé par l’ampleur du Domaine où le regard porte à l’infini grâce aux perspectives savamment travaillées. À Peterhof, il ambitionne de surpasser les fontaines versaillaises en contrôlant l’irrigation du Domaine par un aqueduc, plus efficace que la machine de Marly. La demeure privée de Louis XIV le séduit néanmoins tout particulièrement par ses proportions réduites et sa conception moderne. L’un de ses palais de Saint-Pétersbourg est d’ailleurs baptisé du même nom.

Ce voyage d’un souverain en exercice, fait exceptionnel pour l’époque, marque durablement les esprits français, au point que des représentations du XIXe siècle en témoignent encore. Précurseur et homme des Lumières avant l’heure, Pierre le Grand fonde une intense amitié franco-russe, qui perdure bien des siècles après lui.