La Révolution française ne s'est pas déclenchée en un jour. Cette période, qui débute véritablement en 1789, constitue une profonde transformation politique, sociale et économique en France. Le château de Versailles s'est trouvé au cœur de ces mutations, et les collections du musée conservent aujourd'hui les traces de cet épisode majeur de l'Histoire de France.

Le contexte

Louis XVI monte sur le trône de France le 10 mai 1774, à la mort de son grand-père, Louis XV. En cette fin de XVIIIe siècle, la cour de France est l'une des plus brillantes d'Europe, et Versailles, son épicentre.

Mais le système de cour mis en place par Louis XIV et perpétué par Louis XV et Louis XVI commence à coûter cher ; et l'opinion publique s'émeut de plus en plus de ce qu'elle considère comme un gaspillage. Conscient du problème, le roi entreprend plusieurs réformes, aidé de son contrôleur général des Finances, Turgot. Les dépenses du royaume de France sont revues à la baisse, de même que le train de vie des membres de la famille royale.

La Maison du Roi s'en trouve profondément réformée. Fidèle à ses principes libéraux, Turgot instaure également la liberté de circulation et des prix sur les grains. Mais de mauvaises récoltes et la hausse du prix entraînent, en province et en région parisienne, émeutes et révoltes. Poussé à la démission, Turgot laisse sa place, en 1776, à Jacques Necker. Ce dernier choisit de mener une politique économique plus rigoriste.

Mais les nombreuses tentatives de réformes, malgré leur nécessité, sont perçues comme maladroites, et échouent. L'opinion publique associe cette crise économique à la monarchie elle-même. L'indécision de Louis XVI et le mépris pour la reine Marie-Antoinette finissent par désigner le jeune couple royal comme responsable de cette crise.

La réunion des États-Généraux

L'instabilité régnante et la contestation politique croissante amènent Louis XVI à convoquer les États-Généraux, qui s'ouvrent le 5 mai 1789 à l'Hôtel des Menus-Plaisirs, à Versailles.

Les représentants de chaque ordre - le Clergé, la Noblesse et le Tiers-État - sont invités à exprimer leurs souhaits et doléances. La première séance est présidée par Louis XVI en personne. On le voit, en-haut à gauche de ce tableau peint par Auguste couder, assis sur son fauteuil placé sur une estrade, derrière Necker qui a pris la parole.

Ouverture des États-Généraux à Versailles, 5 mai 1789, par Auguste Couder

© RMN-Grand Palais (Château de  Versailles) / Daniel Arnaudet / Gérard Blot

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Les États-Généraux siègent ainsi du 5 au 17 juin 1789. Rapidement, les dissensions éclatent au sein des députés. Les discussions devant amener à un vote sur la manière de réformer l'économie du royaume, les députés du Clergé et de la Noblesse demandent à ce qu'un vite par ordre ait lieu, ce qui leur assurerait la majorité. Les députés du Tiers-État, quant à eux, réclament le vote par tête.

 anecdote

Les États-Généraux n'avaient pas été convoqués depuis 1614. La réunion des États-Généraux constitue l'une des expressions par conseil, notamment dans les périodes de crise. L'existance des "cahiers de doléances", confiés aux députés présents, permet ainsi  au roi de prendre connaissance des attentes de son peuple.

 
Lors des États-Généraux de 1789, Louis XVI se palce en roi pacificateur. Il se déclare "le premier ami de ses peuples". Mais les députés présents restent mécontents des discours du roi et de ses ministres, dont celui de Necker, plus centré sur les questions financières que sur celles du vote. Le 17 juin 1789, les députés du Tiers-État, suivis de quelques membres de la Noblesse et du Clergé, s'érigent en "Assemblée nationale". Aussitôt, Louis XVI fait fermer l'hôtel des Menus-Plaisir. Les députés se réfugient alors à quelques pas du château : à la Salle du Jeu de Paume.

Le Serment du Jeu de Paume

Réunis dans la salle du Jeu de Paume, les députés des trois ordres prêtent serment de "ne jamais se séparer et de se rassembler partout où les circonstances l'exigeront, jusqu'à ce que la Constitution du royaume soit établie et affermie sur des fondements solides". Le "Serment du Jeu de Paume" a lieu le 20 juin 1789.

Ainsi réunis, les députés refusent de se soumettre au pouvoir royal.

 anecdote

De cet événement majeur de l'histoire de France, on retient les répliques restées célèbres, comme celle du député Bailly : "Allez dire à votre maître que la nation assemblée n'a d'ordre à recevoir de personne", et celle du député Mirabeau : "Nous sommes ici par la volonté du peuple, et nous ne partions que par la puissance des baïonnettes".

 
Louis XVI ne peut que s'incliner, et accepte. "L'assemblée nationale" auto-élue se proclame dès le 9 juillet 1789 "Assemblée nationale constituante".

 anecdote

Le peintre Jacques-Louis David projeta un immense tableau représentant la célèbre scène du Serment du Jeu de Paume. En 1791, soit peu de temps après l'événement, David dessine un premier croquis. L'œuvre aurait dû mettre en scène les députés en costume et en action. Les circonstances politiques ont toutefois raison de ce grand projet, qui restera pour toujours à l'état d'ébauche. Dans les attiques du château de Versailles, on trouve un morceau de cette toile inachevée ...

Le Serment du Jeu de Paume

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De la Bastille à Versailles

À Paris, quelques jours plus tard, la prise de la Bastille, qui intervient le 14 juillet 1789, provoque une véritable panique à Versailles.

La prise de la Bastille, 14 juillet 1789

© RMN-Grand Palais (Château de Versailles) / Gérard Blot

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Les esprits s'échauffent, et les premiers courtisans commencent à abandonner le château, parmi lesquels les comtes et comtesses d'Artois, frère cadet et belle-sœur du roi, mais aussi les Polignac, qui font face aux critiques les plus virulentes. Le château de Versailles se vide peu à peu de ses occupants, même si le roi ne semble pas prêt à l'abandonner.

Dans la nuit du 4 août 1789, alors que l'Assemblée constituante cherche à définir la future constitution du pays, elle vote pour l'abolition des droits et privilèges féodaux. Ce vote marque l'un des grands moments de la Révolution française. L'Assemblée constituante décrète, dans le même temps, que la Constitution à venir sera précédée d'une déclaration de droits.

L'abolition des privilèges à l'Assemblée nationale

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Le 26 août 1789 est ainsi signée la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, document constitutif essentiel du nouveau régime politique.

Dans ce climat électrique, un banquet donné le 1er octobre suivant à l'Opéra royal de Versailles apparaît comme la dernière provocation de la monarchie et de ses représentants. Les Gardes du corps ont décidé d'organiser un banquet en l'honneur de l'arrivée d'un nouveau régiment : celui de Flandre. Une table de 210 couverts est dressée au parterre de l'Opéra, le vin coule à flot. Des toasts sont portés à la famille royale qui est acclamée à son apparition. L'orchestre joue "Ô Richard, Ô mon roi" de l'opéra Richard Cœur de Lion de Grétry.

Ces bruyantes démonstrations de fidélité monarchique provoquent la colère à Paris. Les gazettes transforment le banquet en orgie et avancent que la cocarde tricolore a été foulée au pied. Certains l'auraient même retournée du côté blanc, symbole du roi. Organiser un banquet quand le peuple a faim, c'en est trop pour Marat, Danton et Desmoulins, qui appellent à marcher sur Versailles.

La marche sur Versailles

Le 5 octobre 1789, un cortège de femmes, accompagné de quelques hommes, se rend à Versailles. Le roi, pendant ce temps, chasse à Meudon, et Marie-Antoinette se promène à Trianon.

La nouvelle de la marche se répand dans la ville. On ferme les grilles du Château. La reine, avertie, se retire dans ses appartements ; et le Roi retourne au Château. Une délégation de femmes est reçue par le Roi, qui multiplie les promesses. Bientôt, les femmes sont rejointes par de nombreux députés émeutiers, qui rendent compliquée la protection de la famille royale. Dans la cour royale, au pied du Château, la foule crie "À Paris ! À Paris !". La famille royale réunie quitte Versailles le 6 octobre 1789.

Le château de Versailles cesse dès lors d'être la résidence des rois.

Le grand départ du Roi

Le château après 1789

Entre 1789 et 1804, le sort du château de Versailles est incertain. À son départ de Versailles, Louis XVI croit encore à un possible retour rapide de la Cour. Il demande même au comte de Gouvernet, demeurant à Versailles pour assurer le commandement de la Garde nationale, "Vous restez maître ici, tâchez de sauver mon pauvre Versailles". Mais très rapidement, le château et la ville se vident de leurs occupants ...

Versailles après la Révolution française

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