Château de Versailles

Murakami Versailles

Exposition de Takashi Murakami au château de Versailles

Du 14 septembre au 12 décembre 2010, Grands Appartements et Galerie des Glaces, inclus dans le parcours de visite. Parterre d'eau : accès libre (sauf les jours de Grandes eaux).

Murakami salon d'hercule

« Pour un japonais, y compris moi, le Château de Versailles est l’un des plus grands symboles de l’histoire occidentale. C’est l’emblème d’une ambition d’élégance, de sophistication et d’art dont la plupart d’entre nous ne pouvons que rêver. Bien sûr nous comprenons que l’étincelle qui a mis le feu aux poudres de la révolution est directement partie du centre du bâtiment.

Mais, sous de nombreux aspects, tout est transmis à travers un récit fantastique venant d’un royaume très lointain. Tout comme les français peuvent avoir du mal à recréer dans leur esprit une image exacte de l’époque des Samouraïs, l’histoire de ce palais s’est étiolée pour nous dans la réalité.

Donc, il est probable que le Versailles de mon imagination corresponde à une exagération et à une transformation de mon esprit jusqu’au point d’être devenu une sorte de monde irréel à part entière. C’est ce que j’ai essayé de saisir dans cette exposition.

Je suis le chat du Cheshire qui accueille Alice au pays des merveilles avec son sourire diabolique, et bavarde pendant qu’elle se balade autour du Château. D’un sourire enjoué, je vous invite tous à découvrir le pays des merveilles de Versailles. »

Takashi Murakami

Images : Takashi MURAKAMI Oval Buddha Silver 2008, Argent - 136.5 x 80.5 x 78 cm - Courtesy Blum & Poe, Los Angeles © 2008 Takashi Murakami/Kaikai Kiki Co., Ltd. Château de Versailles/Salon de l’Abondance © Florian Kleinefenn.
Takashi MURAKAMI - Tongari-Kun 2003 - 2004, Fibre de verre, acier et huile, acrylique et peinture uréthane - 700 x 350 cm © 2003 - 2004 Takashi Murakami/Kaikai Kiki Co., Ltd. All right reserved. Photo: Florian Kleinefenn - Salon d'Hercule / Château de Versailles

Producteur délégué : <a href="http://www.chateauversailles-spectacles.fr/" target="_blank">Château de Versailles Spectacles</a>

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Quelques œuvres de l'exposition

Découvrez quelques œuvres de l'exposition "Murakami Versailles". Textes de Laurent Le Bon, commissaire de l'exposition, extraits de l'audioguide de l'exposition.

Tongari-Kun (Mister Pointy)

Salon d'Hercule

« Tongari-kun », alias « Mister POINTY » en anglais, est la première oeuvre dans le parcours de l’exposition. Cette œuvre est sans doute l'un des personnages les plus fascinants de l’univers de Murakami. Il est fondé sur une iconographie religieuse alliant la culture Maya et le Bouddhisme Tibétain. Le personnage mesure environ 8 mètres de haut et repose sur une base constituée de fleurs de Lotus et d’une grenouille. On reconnaît dans le caractère poussé du détail la marque de fabrique de l’atelier de Takashi Murakami. Des milliers de couleurs sont utilisées, et pour cette œuvre, quatre ans de travail furent nécessaires. Comment ne pas y voir un rapport avec l’extraordinaire peinture du plafond, peinte par François Le Moine, qui surplombe cette sculpture ? Dans ce dialogue entre l’œuvre de Murakami et cet ensemble de l’art classique français du XVIIIème siècle, est dit un peu de l’esprit de cette nouvelle aventure de l’art contemporain à Versailles."

Salon d’Hercule ; 2003-2004 ; Fibre de verre, fer, résine synthétique, peinture à l’huile et acrylique 700cm (hauteur) x 3,50m

Oval Buddha silver

Oeuvre présentée pour la première fois au public ; Salon d’Abondance

"Dans le salon de l’Abondance, première pièce du Grand Appartement du Roi, se trouve la seconde œuvre  de l’exposition : « Oval Buddha Silver ». Le salon de l’Abondance était l’antichambre du cabinet de curiosité du Roi, c'est-à-dire l’endroit où il entreposait et conservait ses oeuvres les plus précieuses. Quel plus bel écrin pour montrer « Oval Buddha Silver », figure magistrale de l’univers murakamien, empreint de préciosité ? On retrouve là, toute l’ambiguïté des personnages de Takashi Murakami : d’un côté, un visage méditatif avec une bouche de grenouille et une petite barbichette qui évoque à la fois la figure de l’empereur et l’artiste lui-même qui en porte une ; de l’autre, au revers, masqué du visiteur, un visage plus terrifiant, avec des dents de requins. Le tout repose sur un éléphant, qui est le symbole de l’endurance dans l’univers de l’artiste et du bouddhisme en général. Cette sculpture est due à l’initiative d’une collaboration avec Issey Miyake, sans doute l’un des plus grands créateurs de mode du monde. Celui-ci a toujours souhaité faire des ponts entre le Japon et l’Occident et c’est au fond ce qu’on retrouve dans l’art de Murakami. Oval Buddha Silver, élément essentiel du panthéon murakamien, fait écho à la dernière œuvre de l’exposition située sur le parterre d’Eau, dans le jardin : une autre version magistrale de ce personnage qui domine la grande perspective des Jardins de Le Nôtre."

Oeuvre présentée pour la première fois au public ; Salon d’Abondance ; 2008 ; Argent ; 135,5 cm (hauteur) x 80,5cm (largeur) x 78cm (profondeur)

Kaikai Kiki

Salon de Vénus

"Sous les hospices de cet extraordinaire personnage de l’amour qu’est Venus se trouve Kaikai Kiki. Ces deux personnages sont deux gardiens spirituels : l’un, Kaikai, blanc aux grandes oreilles, l’autre, Kiki, rose et aux trois yeux, plus redoutable que KaiKai. Sur les oreilles des deux personnages, sont inscrits les symboles de ces deux noms en caractères japonais, noms qui sont au centre de l’univers esthétique de Murakami. En effet, le terme Kaikai Kiki est un mot japonais qui décrit les œuvres de Kano Eitoku, peintre du XVIème siècle. Ce peintre, peu célèbre, a créé une esthétique essentielle que l’on peut résumer dans l’idée qu’il y a à la fois du bizarre et du raffiné, ou encore à la fois du grotesque et du sensible. C’est là l’occasion d’introduire un autre concept essentiel de l’univers de Murakami : l’idée du Kawaï à savoir l’idée du gentil. Il ne s’agit pas de l’idée d’un monde pacifique mais d’un monde raffiné dans lequel les personnages de Murakami évoluent. Dans le salon de Vénus, les gardiens spirituels que sont Kaikai et Kiki qui tendent leurs lances sont finalement à leur place de part et d’autre de la statue du roi Louis XIV."

Salon de Vénus ; 2000 – 2005 ; Fibre de verre, fer, résine synthétique, peinture à l’huile et acrylique 222 cm (hauteur) x 96cm (largeur) x 46cm (profondeur)

Kinoko Isu : medium and large

Salon de Mercure

"Dans le salon de Mercure, les deux éléments de l’œuvre « Kinoko Isu » constituent une forme de mobilier un peu rare et inédite. C’est l’occasion de rappeler qu’à Versailles tout le mobilier a pratiquement disparu. D’ailleurs, contrairement à ce que l’on pense, cela n’est pas uniquement dû à la Révolution Française mais aussi aux changements de goûts des monarques successifs. Murakami apporte ainsi, à sa manière, une touche contemporaine avec ces tabourets champignons, les « Kinoko », vedettes de l’univers végétal de l’artiste. Murakami est en effet devenu une sorte de spécialiste de ces éléments champignons, végétaux un peu étranges et psychédéliques, entre terre et ciel. On retrouve également dans cette œuvre une allusion à un épisode beaucoup plus tragique de l’histoire japonaise : le bombardement atomique durant la seconde guerre mondiale. Dans les tabourets « Kinoko », il y a enfin un autre élément : ce sont ces yeux extraordinaires, évoqués plus haut, inspirés de « Yakume » le personnage aux cent yeux."

Salon de Mercure ; 2003 ; Fibre de verre, acier et peinture acrylique, 40cm (hauteur) x 171,5cm (largeur) x 114,7cm (profondeur), 40cm (hauteur) x 294,4cm (largeur) x 97cm (profondeur)

Yume Lion (The Dream Lion)

Œuvre présentée pour la première fois au public ; Salon d’Apollon

"C’est dans le Salon d’Apollon que l’on retrouve Yume Lion. Cette sculpture recouverte de feuilles d’or prend tout son sens dans cette salle autrefois la plus somptueuse du Grand Appartement du Roi qui fut d’abord la chambre du Roi avant de devenir la salle du Trône. Ce lion doré, roi des animaux, fait à la fois écho à la peinture de Hyacinthe Rigaud représentant Louis XIV, le roi soleil, en costume royal, mais aussi aux six guéridons en bois doré exécutés en 1769 pour la Galerie des Glaces par Toussaint Folliot et Augustin Pajou ainsi qu’aux deux feux dorés représentant deux lions accroupis situés dans la cheminée du salon en guise de parement des chenets. Yume Lion, par Takashi Murakami, est à l’origine la mascotte d’une chaîne de télévision japonaise, Tokyo MX. Le fauve avait alors une crinière aux couleurs de l’arc-en-ciel, «symbole de diversité, de rêve et de paix», selon l’artiste. En livrant une version sculpturale de cette icône télévisuelle, Murakami se plaît à penser que ce lion aura une vie bien plus longue que la station elle-même."

Œuvre présentée pour la première fois au public ; Salon d’Apollon ; 2009 – 2010 ; Aluminium et feuilles d’or ; 165cm (hauteur) x 127cm (largeur) x 105cm (profondeur)

Kawaii - Vacances et Sans titre

Salle des Gardes du Roi

"Kawaii – Vacances Summer Vacation in the Kingdom of the Golden" ; 2008 ; Peinture acrylique et feuilles d’or sur toile ; Collection privée et "Sans titre" (tapis) ; 2010 ; moquette polyamide.

Flower Matango

Œuvre présentée pour la première fois au public ; Galerie des Glaces

"Au fond de la perspective de la galerie des Glaces, il fallait une oeuvre exceptionnelle que constitue « Flower Matango » que l’on pourrait traduire comme « le monstre floral ». On devine ici un hommage à l’art des jardins de Louis XIV et à la folie de cette galerie des glaces. En effet, il y a peut-être autant de couleurs dans « Flower Matango » que dans l’ensemble des magnifiques peintures récemment restaurées de la galerie des Glaces. « Flower Matango » est une créature dérivée d’un film japonais qui a été réalisé par les créateurs de Godzilla. Les monstres sont les résultantes de l’ingestion de champignons à tel point qu’éclatent de leurs corps des dizaines d’extraordinaires éléments, que l’on retrouve dans la scuplture « Flower Matango » sous forme de tiges qui partent dans des circonvolutions extraordinaires. Dans cette œuvre, on retrouve tout le génie de Murakami, grand expert de la peinture florale. Il a, en effet, pendant plus de deux ans, peint des fleurs quotidiennement, puis pendant neuf ans, enseigné l’art de la fleur."

Œuvre présentée pour la première fois au public ; Galerie des Glaces ; 2001 – 2006 ; Fibres de verre, fer, peinture à l’huile et acrylique ; 315cm (hauteur) x 204,7cm (largeur) x 263cm (profondeur)

Oval Buddha

Œuvre présentée pour la première fois au public ; Parterre d'eau

Œuvre présentée pour la première fois au public ; Parterre d’Eau ; 2007 – 2010 ; Bronze, acier et feuilles d’or ; 568cm (hauteur) x 318,9cm (largeur) x 311,5cm (profondeur)

 

 

Photos : Gilles Truyens © EPV

 

Réponses à des questions de visiteurs

Jean-Jacques Aillagon, Président du château de Versailles, répond à des questions de visiteurs sur l'exposition Murakami Versailles qui se tient du 14 septembre au 12 décembre 2010.

Pourquoi Murakami ? Marianne, Paris

Quel intérêt d'exposer de l'art contemporain à Versailles qui n'est pas adapté ? Carlos, Madrid

Pourquoi présenter des artistes déjà célèbres plutôt que de donner leurs chances à de jeunes créateurs ? Fred, Paris

Le Château ferait mieux de s'occuper d'abord des restaurations... Viviane, Montpellier

Ce sont des oeuvres pornographiques ! Mireille, Le Chesnay

Murakami Versailles sur Facebook

5 œuvres de l'exposition décryptées par OTTO

OTTO, le gardien de l'art contemporain incarné par Tom Novembre, décrypte 5 œuvres de l'exposition Murakami. OTTO est produit par Froggies et diffusé sur Paris Première et TV5 monde.

Flower Matango 2001 - 2006 (Fibre de verre, fer, peinture à l’huile et acrylique)
Œuvre présentée dans la galerie des Glaces

Kaikai & Kiki 2000 - 2005 (Fibre de verre, fer, résine synthétique, peinture à l’huile et acrylique)
Œuvre présentée dans le salon de Vénus

Oval Buddha 2007 - 2010 (Bronze et feuilles d’or)
Œuvre présentée sur le parterre d'Eau

Superflat Flowers 2010 (Fibre de verre, plastique, fibre de carbone, acier et peinture acrylique)
Œuvre présentée dans le salon de la Paix

Yume Lion (The Dream Lion) 2009 - 2010 (Aluminium et feuilles d'or)
Œuvre présentée dans le salon d'Apollon

Colloque : Exposer l’art contemporain dans les monuments historiques

07 octobre 2010 – Institut national du patrimoine - Journée d’études organisée par le Centre de recherche du château de Versailles et l’Institut national du patrimoine.



Daniel Buren au Palais Royal, Jeff Koons, Xavier Veilhan et Takashi Murakami au château de Versailles, la confrontation entre les oeuvres contemporaines et les monuments anciens, chargés d’histoire, laisse parfois perplexe et pose la question de l’anachronisme. Cette journée entend s’interroger sur la légitimité à exposer des œuvres contemporaines dans un ancien monastère, dans une résidence royale, etc., sur les critiques qui en émanent tout autant que sur la venue d’un public curieux et nombreux à ces expositions.
Quelle vision de l’Histoire, quel message artistique veut-on transmettre dans les choix esthétiques qui préludent à un projet d’exposition d’art contemporain ? Quels nouveaux défis liés à la conservation du monument historique confronté aux œuvres contemporaines, les professionnels du patrimoine doivent-ils surmonter ? Face à toutes ces problématiques, la position et la vision de l’artiste ne manqueront pas non plus d’être abordées.

Colloque le jeudi 7 octobre 2010 à l'Institut national du patrimoine

Informations et réservations

Biographie de l'artiste

portrait murakami

Docteur en peinture Nihonga de l’Université des Arts de Tokyo, Murakami développe un style unique et une oeuvre protéiforme aux techniques les plus modernes associées à la précision et la virtuosité de l’art traditionnel japonais, celui de l’estampe ukiyo-e (monde flottant) en particulier. Inspiré de la culture manga et kawaï (mignon), son monde irrésistible est peuplé de personnages monstrueux ou charmants, descendants facétieux des mythes passés.

Murakami a crée en 2001, la Kaikai Kiki Co., Ltd. basée à Tokyo, New York et maintenant à Los Angeles, véritable pépinière d’artistes, dédiée à la production d’expositions, de films d’animation, d’événements comme la foire d’art contemporain GEISAI, l’édition de catalogues et de produits dérivés.

L’esthétique Superflat, qu’il a théorisée en 2000, tente de brouiller les frontières entre art populaire et grand art. L’absence de perspective, la bi-dimensionnalité de l’art ancien s’infiltrent sur tous les supports, peinture, sculpture, wallpaper, films d’animation, accessoires.

Dès sa première exposition monographique hors du Japon organisée par la Galerie Emmanuel Perrotin en 1995, il devient l’un des artistes contemporains les plus marquants et il investit les principales institutions internationales : le Center for Curatorial Studies Museum, Bard College à New York, en 1999, avec l’exposition The Meaning of the Nonsense of the Meaning ; PS1 en 2000, Grand Central Station en 2001, la Fondation Cartier et la Serpentine Gallery en 2002, le Rockfeller Center en 2003. Récemment, de 2007 à 2009, la rétrospective ©MURAKAMI a été présentée successivement au Museum of Contemporary Art, Los Angeles, au Brooklyn Museum, New-York, au Museum fur Moderne Kunst, Frankfort et enfin au Guggenheim Museum, Bilbao.

En tant que curator, Murakami interroge les notions d’Histoire et de Culture en partant du principe que les catégories artistiques ne sont pas aussi rigides dans le système japonais et que le terme « art » englobe toutes les formes de création. Son exposition en 3 parties intitulée Superflat montrée dans les principaux musées des États-Unis et d’Europe, intoduisait des artistes japonais, dessinateurs et réalisateurs de films d’animation, sur la scène internationale. En 2005, le dernier volet de cette exposition, Little Boy, suggérait une interprétation nouvelle de l’histoire à travers une vision politique de l’art populaire d’après Hiroshima.

Murakami se fait connaître du grand public en 2003, lorsque Marc Jacobs lui demande de revisiter le monogramme de la marque Louis Vuitton, décliné sur la ligne d’accessoires printemps - été 2003. Puis, deux films d’animation SUPERFLAT MONOGRAM (2003) et SUPERFLAT First Love (2009) transposent les personnages de Murakami dans un univers Vuitton bariolé et psychédélique.

En 2008, il est cité par le Time magazine comme l’une des 100 personnalités les plus influentes du monde.

Takashi Murakami est né en 1962 à Tokyo, Japon. Il vit et travaille à Tokyo, New York et Los Angeles.

Image : Portrait de Takashi Murakami. All artworks © Takashi Murakami/Kaikai Kiki Co., Ltd. All right reserved. Photo: Kenji Yagi

L'exposition par Jean-Jacques Aillagon, Président du Château de Versailles.

Galerie des Glaces

Versailles a su, de tout temps, convoquer les meilleurs créateurs. Louis XIV y appelle Louis Le Vau, Jules Hardouin-Mansart, Robert de Cotte, Charles Le Brun, André Le Nôtre, Jean-Baptiste Lully, Michel-Richard de Lalande, Molière, Carlo Vigarini, François Francine, Gianlorenzo Bernini, dit Le Bernin, qui y réalisèrent des oeuvres marquantes. Les règnes suivants y invitèrent Jean-Baptiste Lemoyne, Jean-Marc Nattier, Jean-Henri Riesener, Richard Mique, Jacques-Ange Gabriel, Hubert Robert, André-Ernest-Modeste Grétry et tant d’autres. Louis Philippe, instituant à Versailles le Musée de l’Histoire de France, passa commande aux plus illustres artistes de son siècle. On doit à Eugène Delacroix, à Horace Vernet et à Louis-Ernest Meissonnier … quelques uns des chefs d’oeuvre de la Galerie des Batailles ou des Salles des Croisades.

C’est par fidélité à l’égard de cet esprit de disponibilité à l’égard de la création que l’Établissement Public du Musée et du Domaine National de Versailles souhaite aujourd’hui permettre à des artistes marquants de notre époque de s’exprimer dans les lieux dont il a la garde.

Après le succès international de l’exposition Jeff Koons Versailles, en 2008, et le remarquable travail de création d’oeuvres spécifiques de Xavier Veilhan, en 2009, c’est Takashi Murakami qui, cette année, est invité à présenter son oeuvre à Versailles. En prenant le parti de créer à cette occasion des oeuvres nouvelles qui s’ajouteront à certaines autres appartenant déjà à son répertoire, il s’inscrit bien dans la tradition d’ouverture à la création de Versailles.

Murakami est l’un des artistes les plus célèbres de notre temps. La confrontation de sa célébrité à celle du Château de Versailles permet de mesurer à quel point, par dessus les siècles qui les séparent, les chefs d’oeuvre du passé savent dialoguer avec ceux du présent et ceux du présent avec ceux du passé. Le talent de Murakami a su créer une imagerie nouvelle, puisant à la fois dans les ressources de la tradition de son pays, dans celles de la bande dessinée japonaise - le manga - mais aussi dans toutes les expressions des cultures pop. Sa virtuosité, sa familiarité avec les matériaux précieux, son sens de la fonction médiatique de l’art trouvent, dans cette vaste « machine » à créer, à innover et à communiquer que fut Versailles, un écho tout particulièrement intéressant.

Jean-Jacques Aillagon.
Président du Château de Versailles.
Président de l'Etablissement public du musée et du domaine national de Versailles.
Juin 2010

L'exposition par Laurent Le Bon, commissaire de l'exposition

salon de l'abondance Murakami

Murakami Versailles est un moment exceptionnel qui voit le Château de Versailles renouer avec les artistes de son temps au cours d’une promenade qui fait (re)découvrir des lieux connus et méconnus du domaine.

S’il existe un lieu où il faut se risquer à créer une manifestation de notre époque et non un pastiche facile, tentation souvent préférée, c’est Versailles. La création artistique contemporaine permet une autre perception de ce monument vivant, réalité toujours changeante, qui n’est pas un modèle figé d’une époque unique, d’ailleurs bien difficile à définir, mais, comme tout élément de notre patrimoine, le fruit d’une stratification complexe de regards et d’interventions, y compris contemporaines. Elle contribue à briser un peu les clichés afférents à cet endroit qui se matérialisent par une pratique du lieu, parfois convenue et très concentrée. Il s’agit d’offrir des points de vue nouveaux sur un site que tout le monde pense connaître en révélant ainsi sa complexité contemporaine, sa substance, son épaisseur enfouie sous l’habitude.

Murakami Versailles est une promenade, un itinéraire, un parcours dans le « paysage-territoire » de Versailles. Pour sa première grande rétrospective en France, l’artiste présente, dans quinze salles du Château et dans les jardins, plusieurs de ses oeuvres majeures. Ses créations, souvent des tours de force techniques, vont ainsi pouvoir être vues et appréciées par l’insaisissable grand public.

Les allégories et autres mythes Versaillais dialoguent ainsi avec les créatures oniriques de Takashi Murakami parfois inspirées de l’art traditionnel Japonais. « Je cherche à produire un processus créatif qui soit un pont entre le passé et le futur » aime-t-il rappeler.

Surprenante mise en abîme que l’installation temporaire des oeuvres d’un des artistes les plus connus de la scène contemporaine dans un des monuments les plus fréquentés du monde. C’est la question de l’in situ qui est sous-jacente à cette proposition. De nombreuses institutions culturelles ont tenté ces dernières années des confrontations entre le patrimoine historique et l’oeuvre contemporaine. La radicalité de cette exposition nous semble différente tant par le lieu choisi que par la systématisation du parcours.
Écho, dialectique, opposition, contrepoint… Il ne nous appartient pas de trancher. Ce moment unique veut avant tout susciter la réflexion sur la contemporanéité de nos monuments et l’indispensable nécessité de la création de notre temps. Notre-Dame de Paris, les Invalides, le Panthéon, le Louvre, Versailles, pour ne citer que quelques-uns des plus connus, sont de véritables mille-feuilles d’interventions, en leur temps contemporaines, à côté desquelles Murakami Versailles est d’une échelle plus modeste. Pourtant à chaque fois les mêmes objectifs : ne jamais réduire à néant le caractère singulier de tout geste artistique et ne jamais patrimonialiser l’irréductible imaginaire du créateur.

Quelques principes qui nous ont guidés pour cette expérience unique de trois mois : éviter le piège de l’art contemporain « intégré » au monument historique ; (re)découvrir un lieu ; se réjouir de travailler avec un artiste vivant et des émotions, des échecs et des surprises qui en résultent ; donner du plaisir. Faire confiance à l’un des meilleurs artistes de notre temps pour révéler un autre Versailles, un Versailles d’aujourd’hui, monument vivant sous l’angle de sa valeur d’usage, tel est le propos de cet événement. Plaisirs des sens, au cours d’une marche, nouveau labyrinthe versaillais dont la seule finalité est de divertir, aux deux sens du terme, le promeneur, au-delà des clichés.

Une folie éphémère, un risque à prendre, car Versailles, autrefois « terrain d’expériences et laboratoire » multidisciplinaire des créations les plus audacieuses, notamment lors des fêtes,
mérite ce regard artistique contemporain.

Laurent Le Bon
Commissaire de l'exposition.
Directeur du Centre Pompidou-Metz

Les mécènes et partenaires

Mécène de l'exposition

Qatar Museums Authority in association with Doha Cultural Capital 2010.

Partenaires de l'exposition