Les Gabriel Premiers architectes du roi

Versailles connut de 1735 à 1775 le règne des Gabriel père et fils. On doit à Jacques V (1667-1742), le père, de beaux décors rocaille et à Ange-Jacques (1698-1782), le fils, la construction de l’Opéra royal et du Petit Trianon.

Disciple et allié d’Hardouin-Mansart et collaborateur de Robert de Cotte, Jacques V Gabriel réalise en 1735 dans les Petits Appartements de Louis XV, la célèbre galerie des Chasses en pays étrangers (ou des Chasses exotiques), détruite en 1766 pour établir l’appartement de Marie-Josèphe de Saxe puis de Madame du Barry (tableaux conservés à Amiens). Avec son fils Ange-Jacques, il conçoit les décors de la chambre de Louis XV, du salon de la Pendule, du cabinet intérieur du roi et plus généralement tous les grands ensembles rocaille exécutés après 1735. Il exécute en 1736 le bosquet du Dauphin, remplacé en 1774 par celui des Bains d’Apollon.

Premier ingénieur des Ponts et Chaussées en 1716, Jacques V Gabriel est l’auteur des premières grandes réalisations architecturales du règne de Louis XV : places royales de Bordeaux et de Rennes ; construction du château de La Muette au bois de Boulogne pour Louis XV (détruit) ; gros pavillon et aile Louis XV de Fontainebleau ; nouvel escalier et chapelle des Élus du palais des États de Dijon ; cathédrale de La Rochelle…

L’activité d’Ange-Jacques est assurément la plus illustre. Elle incarne à elle seule le règne de Louis XV. À Versailles, il conçoit en 1763 l’Opéra royal, inauguré en 1770 à l’occasion du mariage du futur Louis XVI avec l’archiduchesse Marie-Antoinette.

En 1771, il entame la reconstruction, maintes fois reportée, du Château du côté de la cour mais qui reste inachevée à la mort de Louis XV en 1774.

Gabriel intervient pour la première fois à Trianon en 1749 : son Pavillon français entend symboliser la nouvelle esthétique classique. En 1761, Louis XV lui commande un pavillon plus vaste pour Madame de Pompadour : le Petit Trianon. Achevé en 1768, il reviendra à Marie-Antoinette sous Louis XVI. Plus que toute autre réalisation, il illustre à merveille l’esthétique néo-classique du siècle. On est bien loin des décors rocaille encore conçus par l’architecte à Versailles (salle à manger aux Salles neuves ; cabinet du Conseil).

Ange-Jacques Gabriel se montre tout aussi brillant à Paris où il réalise la place de la Concorde (ancienne place Louis XV) et l’École Militaire. Louis XV lui commande aussi de nouvelles résidences (Choisy ; Bellevue ; Saint-Hubert) ainsi que la reconstruction du château de Compiègne et, surtout, sa pièce préférée à Versailles : la bibliothèque (1775). Avec lui, prend fin un certain art français.