Historienne de formation, spécialiste de l’époque moderne, Chef du service des Archives du château de Versailles, elle conduit des activités de recherche sur des sujets comme le cinéma et Versailles, ou l’histoire équestre et des Écuries royales. Découvrez « Le Versailles de » Karine Mc Grath.

Sa biographie

Historienne de formation, spécialiste de l’époque moderne, titulaire d’un DESS d’archivistique, Karine Mc Grath a débuté sa carrière professionnelle au Centre Pompidou à Paris. Elle a ensuite travaillé à la Cité des sciences et de l’industrie, au musée du Louvre, à la Réunion des musées nationaux puis au ministère de la Culture avant de rejoindre le château de Versailles en 2003. Chef du service des Archives, elle conduit des activités de recherche sur des sujets comme le cinéma et Versailles, ou l’histoire équestre et des Écuries royales.

Ses coups de cœur

  • Versailles émerveille le visiteur, mais bien souvent chacun s’attache à un lieu plus qu’à un autre ; lequel est-ce pour vous ? Pourquoi ?

J’ai une prédilection pour la Grande Écurie, qui n’a pas toujours reçu, ainsi que la Petite Écurie, tout l’intérêt qu’elle mérite. Ce sont pourtant des chefs-d’œuvre de Mansart, qui participent pleinement de la réussite architecturale de Versailles. Le projet de Louis XIV n’était pas circonscrit à la grille d’honneur du château, les descriptions de l’époque invitaient d’ailleurs le visiteur à s’intéresser d’abord aux Écuries. Je ne me lasse pas d’admirer le coup de génie de la demi-lune encadrant la porte du manège, cela donne un aspect accueillant, presque bienveillant, à la cour. Je connais très bien la Grande Écurie. Son histoire tant sous l’Ancien Régime qu’à l’époque contemporaine m’intéresse. Je trouve formidable que les chevaux de l’Académie équestre l’animent, dans la tradition de l’art équestre dont Versailles est le foyer. La Grande Écurie ouvrira bientôt une nouvelle page de son histoire, avec l’installation d’un campus dédié aux métiers d’art. C’est un lieu qui offre beaucoup de possibilités. Et puis, n’est-ce pas l’endroit d’où l’on peut le mieux contempler le Château ?

  • Au détour d’une salle ou d’une allée, une peinture, une sculpture ou un objet a retenu votre attention ; quel est-il ? Que représente-t-il pour vous ?

Comment ne pas évoquer les archives ? Elles constituent un ensemble patrimonial essentiel et je sais la chance que cela représente d’en avoir la responsabilité. Elles ouvrent l’accès au passé du château, me plonger dedans pour découvrir tel ou tel trait de son histoire me procure toujours autant de plaisir. La passion est intacte ! Je ne distingue pas de document en particulier, mais disons que la collection de plans de l’architecte Frédéric Nepveu sous le règne de Louis-Philippe fait sans doute partie de ce que nous conservons de plus précieux. Nous faisons encore des découvertes inédites, comme ce fut le cas il y a quelques années pour les devis demandés par Napoléon en 1806 pour faire de Versailles l’une de ses résidences. Chaque document d’archives s’inscrit dans un contexte qu’il faut comprendre et retracer, c’est un travail inépuisable.

  • Nos premiers pas dans la galerie des Glaces, l’eau jaillissant des Grandes Eaux… Chacun d’entre nous possède un souvenir de Versailles plus fort que les autres. Lequel est-ce pour vous ?

Plusieurs moments fondamentaux me viennent à l’esprit, mais je retiendrais une visite en classe de CM1 dont je garde des souvenirs précis : l’entrée par le vestibule de la Chapelle, telle qu’elle se faisait à l’époque, la vue des parterres depuis les fenêtres des Grands Appartements, la chambre de la Reine… . Il y avait pour les enfants que nous étions une part de jeu dans cette visite du château des rois de France. Mais je me souviens avoir été consciente aussi de la charge historique du lieu, et impressionnée.  Nous ne venions pas de loin, j’ai grandi à Sèvres. D’aussi loin que remontent mes souvenirs, nous empruntions en famille le bus de la ligne 171, au pont de Sèvres, pour rentrer à la maison après nous être rendus à Paris. Le bus affichait haut sa destination : « château de Versailles ». Un jour, j’ai prolongé le chemin ! Comme nombre de mes collègues, les activités que je mène pour le château sont l’accomplissement d’un rêve, je n’ai jamais perdu cela de vue.

 

Ses conseils de lecture

  • Versailles se raconte à travers des milliers de pages, des mémoires les plus anciens aux livres d’art les plus récents. Quel est pour vous le livre incontournable sur Versailles ?

Un guide sur Versailles me semble tout désigné s’il faut ne retenir qu’un ouvrage. C’est une tradition pratiquement ininterrompue depuis les premières descriptions de Mlle de Scudéry ou de Félibien au XVIIème siècle. A l’évidence, les guides de visite sont inhérents à Versailles, d’ailleurs Louis XIV lui-même s’est exercé au style avec sa Manière de montrer les jardins de Versailles. Ils présentent des caractéristiques propres à leur époque respective, mais tous ont eu pour vertu de donner à connaître Versailles aux curieux venus sur place ou restés éloignés. Le guide édité par Pierre Lemoine en 1990 était de grande qualité. Il constitue d’ailleurs toujours le guide officiel, sous une forme remaniée et actualisée par l’équipe de la conservation. C’est un ouvrage à la fois très complet et synthétique, avec rappels historiques, description des salles et des œuvres, plans et illustrations. Bref, l’essentiel de ce qu’il faut savoir sur Versailles contenu en un livre.

  • Classique, récit d’aventures, beau-livre… Incontournable de votre bibliothèque ou récente découverte, auriez-vous un conseil de lecture à nous donner ?

La poésie est sans doute le genre littéraire que je préfère, et je suis très touchée par les écrits pleins d’humanité de Charles Péguy. Je recommande donc le Porche du mystère de la deuxième vertu, dont la lecture est particulièrement adaptée à la quiétude des soirées d’hiver, propices à la spiritualité et à la méditation. Cet ouvrage célèbre l’intemporel, la profondeur des siècles, on ne peut qu’être sensible à cela lorsqu’on s’occupe d’histoire et de patrimoine. Et puis je trouve qu’il y a, chez Péguy, comme une quête de réconfort, qui transparait par exemple par les procédés de l’anaphore et de la litanie. C’est de bon aloi dans la période difficile que nous traversons, comme de se rappeler la « petite espérance », qui « n’a l’air de rien du tout » mais qui ne s’épuise jamais, nous faisant refaire vingt fois le même chemin !

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