Une commode insigne de Jean-Henri Riesener (1734-1806) livrée pour Madame Adélaïde en 1776 a été acquise grâce à la société des Amis de Versailles qui réalise son plus important mécénat depuis sa fondation. Son retour au château de Versailles, à partir du 13 septembre 2018, à son emplacement précis dans le cabinet de retraite de Madame Adélaïde, fille de Louis XV et tante de Louis XVI, s’inscrit dans la politique de remeublement active menée par l’Établissement public depuis de nombreuses années.

La commode

Commandée le 5 octobre 1776 par le Garde-Meuble de la Couronne à Jean-Henri Riesener, la commode est livrée le 18 décembre 1776, sous le numéro 2881, numéro inscrit sur les panneaux arrière. Elle est ainsi décrite « une commode de marqueterie de 4 pieds 2 pouces de large 22 pouces de profondeur et 34 pouces de haut à dessus de marbre blanc veiné, et 5 tiroirs fermant à clef, représentant par devant au milieu un vase de jaspe sanguin garni de fleurs dans un fond de satin gris, orné de moulures, cadres, consoles, chutes, feuilles d’ornements, soupente et guirlandes ; le tout de bronze ciselé doré d’or moulu ». 

D’un modèle riche, de marqueterie losangée et de couleurs, elle figure parmi les premières productions que l’ébéniste fournit à la famille royale, alors qu’il vient, en 1774, d’être nommé ébéniste ordinaire du Garde-Meuble de la Couronne. Il livre en 1776 trois commodes de ce type pour des membres de la famille royale. Le modèle plaît par la puissance de son architecture, l’élégance de ses bronzes et le jeu de ses bois. Sa marqueterie de couleurs s’appuie sur un dessin de treillage très architecturé. Les ovales cantonnant les losanges étaient teints en bleu et au centre de ces derniers apparaît la fleur de tournesol, motif cher à Riesener. Quant au dessin de marqueterie du panneau central à décor de vases de fleurs, il relève de l’une des deux sources d’inspiration généralement utilisées par l’ébéniste qui alterne entre trophées allégoriques et sujets pastoraux. Enfin la commode se remarque par le traitement riche de ses bronzes, de très grande qualité, et leur mouvement, comme celui des chutes encadrant le panneau central, qui accompagne et souligne avec élégance l’architecture du meuble selon les formules mises au point par le célèbre ébéniste.  

Commode de Jean-Henri Riesener

©Didier Saulnier

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son histoire

La commode est destinée au cabinet intérieur de la princesse dans l’appartement que cette dernière occupe depuis 1769 au rez-de-chaussée du corps central du château de Versailles, ouvrant sur la terrasse nord. Différent du grand cabinet, pièce d’apparat rangée à l’étiquette, le cabinet de retraite fait partie de ces lieux qui, dans les appartements royaux et princiers, permettent, en tant que pièces privées, de découvrir le goût personnel de leurs hôtes. 

La commode est ensuite envoyée au château de Bellevue, maison de plaisance que le roi Louis XVI a attribué à ses tantes en 1774. Elle est placée dans les appartements de l’étage et y demeure jusqu’à la Révolution. Vendue en 1795, elle passe à une date indéterminée en Angleterre. On la retrouve ensuite dans les collections de Lord Carnarvon (1866-1923) puis elle devient quelques décennies plus tard la propriété de Juan Guillermo de Beistegui, son dernier détenteur. Il est depuis toujours un amoureux du Château et a été un membre Bienfaiteur de la Société des Amis pendant de nombreuses années. 

L’acquisition de cette commode exceptionnelle a été financée par la Société des Amis de Versailles grâce aux legs de Mesdames Simone Baraille, Micheline Cavallo et Monique Genneret. Nous saluons tout particulièrement la mémoire de Simone Baraille qui a légué toute sa fortune à la Société des Amis de Versailles pour contribuer au remeublement du château de Versailles.