des jardins d'illusion
L'exposition retrace les débuts du landscape garden, pleasure garden ou picturesque garden, une mode qui naît en Angleterre dans les années 1730 et qui traduit une nouvelle manière de penser le jardin. Loin du tracé géométrique du jardin à la française, les jardiniers et architectes imaginent des tracés sinueux, d'apparence libres mais savamment orchestrés, dans lesquels reliefs, cours d’eau, grottes et fabriques dessinent un monde en miniature. Ces compositions paysagères sont alors communément appelées « jardins anglo-chinois » ou « jardins anglais ». Les toiles d'Hubert Robert permettront aux visiteurs de se plonger dans ces décors capables de susciter l'émotion, la surprise et la contemplation.
Ces paysages sont pensés comme des espaces de voyage et de découverte. Les références à l’Antiquité, à l’Orient, aux cultures européennes et aux civilisations lointaines nourrissent une mise en scène sensible. Des maquettes anciennes en forme de pyramides, de temples et de pagodes chinoises illustreront la multitude d'univers convoqués en un lieu.
En effet, le jardin se conçoit désormais comme une promenade qui permet de voyager de la Rome ou de la Grèce antiques à la Chine, de la montagne à la ferme, de parcourir l’histoire des nations de l’Égypte aux Saxons, ou encore d’évoquer les hommes illustres antiques ou contemporains.
À travers la découverte d'objets décoratifs, de dessins et de plans d'inspiration orientale, le public pourra se figurer l'influence majeure qu'a l'ailleurs sur l'imaginaire de la société du XVIIIe siècle.
Reflets des idées des Lumières, les jardins incarnent également une nouvelle relation au monde et à la nature. L’influence de Rousseau est omniprésente : ses descriptions de la nature à Ermenonville, les débats sur l’éducation, la promenade, la méditation ou la rêverie imprègnent ces espaces. Le paysage devient ainsi un langage, un espace de réflexion autant qu’un lieu d’émotion.
L'art du paysage s'invitait aussi jusque dans l'intimité. Ainsi, à travers la réunion exceptionnelle de quatre toiles d’Hubert Robert prêtées par le Metropolitan Museum of Art de New-York, l'exposition restituera le décor de la salle de bain du château de Bagatelle afin de plonger le visiteur dans l’atmosphère spectaculaire et immersive de cette pièce.
Vie au jardin
La seconde partie de l’exposition invitera le public à entrer dans l’intimité de ces paysages habités, où se joue une transformation des modes de vie aristocratiques à la fin de l’Ancien Régime.
Ces jardins favorisent l’émergence d’une vie de campagne élégante et largement fantasmée. Les usages évoluent tout comme les apparences : vêtements plus légers, chapeaux de paille tressée, mobilier de jardin, accessoires adaptés à la vie extérieure, comme en témoignent les portraits peints par Élisabeth Vigée Le Brun et George Romney. Le jardin devient un espace de sociabilité raffiné, où se mêlent intimité, représentation et liberté.
Véritables laboratoires de création, les fabriques et leurs décors donnent naissance à des formes inédites de mobilier et d’objets. Inspirées de l’Antiquité, de l’exotisme ou du monde rustique, ces pièces hybrides traduisent une inventivité sans précédent. Table en bambou pour la pagode de Chanteloup, tabouret de concrétions de grotte conservé au Bowes Museum ou encore les chaises de roseaux pour la Chaumière aux coquillages de Rambouillet seront présentés dans l'exposition. Ils témoignent du prolongement de l’esthétique du paysage dans les usages quotidiens où s’estompe la frontière entre nature, architecture et arts décoratifs.
La dernière partie de l'exposition sera consacrée au jardin en tant que scène festive, cadre de fêtes somptueuses. Illuminations, spectacles, et jeux nocturnes transforment les paysages en décors éphémères, propices à l’émerveillement et à l’illusion. Les peintres Claude-Louis Chatelet et Louis-Nicolas de Lespinasse saisissent ces instants suspendus, où le jardin devient le théâtre d’un art de vivre hédoniste, joyeux et profondément moderne, comme en témoignent par exemple les fausses éruptions volcaniques de Worlitz.
Le prêt exceptionnel par la Banque de France de la célèbre Fête à Saint-Cloud (1755-1780) de Jean-Honoré Fragonard, et de deux autres toiles de la National Gallery of Art de Washington du même ensemble réunies pour la première fois, évoquent ces instants de plaisirs baignant dans une atmosphère irréelle et enchantée. Ces magistrales compositions témoignent de ce plaisir de vivre qui caractérise la fin de l'Ancien Régime.
Se promener dans un jardin anglais : le domaine de Trianon
Le Domaine de Trianon offre un témoignage remarquable de l’art du jardin anglais au XVIIIe siècle : admirablement préservé, il conserve l’essentiel des codes du jardin paysager, dont il incarne encore aujourd’hui le charme rustique et l’esprit poétique.
Dès 1774, année de son accession au trône, la reine Marie-Antoinette a un grand projet pour le Petit Trianon : la création d'un jardin anglais. Son architecte Richard Mique, et le jardinier Antoine Richard réalisent des travaux considérables pour composer un nouveau paysage de lacs, de montagnes, de grottes et de rivières. En 1776, la première fabrique construite prend la forme d'un manège d'inspiration chinoise dans laquelle les proches de la reine s'adonnent au jeu de bague. À sa suite seront créés le temple de l'Amour, le Belvédère et le Hameau de la Reine, véritables symboles du jardin paysager.
La reine évolue dans ce décor de théâtre avec une société choisie. Elle en fait un lieu de plaisirs et d’amusements, de promenades et de fêtes, lui permettant de prendre ses distances avec l'étiquette. Chaque membre de la famille royale créera ensuite sa propre folie, Mesdames à Bellevue et à l’Ermitage de Versailles, le comte d’Artois à Bagatelle ou encore le comte de Provence du parc de Balbi.
L’exposition se concluera en invitant le visiteur à prolonger son parcours dans les jardins de Trianon pour qu’à son tour il puisse se perdre dans les recoins sinueux du jardin paysager. Elle évoquera également les jardins anglais qui se laissent encore contempler aujourd’hui, tels qu’Ermenonville, le Désert de Retz ou le parc de Bagatelle.









