Aménagée en 1728 pour Louis XV, la chambre du appartement intérieur du Roi incarne une évolution majeure dans l'art d'habiter Versailles, en privilégiant un espace plus intime que la chambre de parade. Conçue par Jacques V Gabriel et Ange-Jacques Gabriel, et ornée par le sculpteur Jacques Verberckt, elle se distingue par un décor rocaille d'une grande finesse. Pensée comme un espace personnel tout en demeurant inscrit dans l'univers de la représentation monarchique, elle concentre également un mobilier d'exception, mêlant ébénisterie, orfèvrerie et instruments scientifiques, témoignant du goût de Louis XV et de Louis XVI pour les arts et les sciences.
Le décor textile y joue un rôle central, structurant l'ensemble de la pièce autour de l'alcôve et du lit, véritable cœur symbolique de la chambre. Alternant entre meubles d'été et d'hiver, selon l'usage en vigueur à la cour, ces ensembles de soieries produits par les manufactures lyonnaises traduisent l'évolution du goût au XVIIIe siècle. Sous Louis XV dominent les brocarts lumineux et les velours somptueux, tandis que sous Louis XVI s'affirme une esthétique plus claire et néoclassique, marquée par des fonds plus lumineux et des motifs plus ordonnés, sans renoncer à la préciosité des matières.
Engagée à partir du milieu des années 1980, la restauration de la chambre du appartement intérieur du Roi s'inscrit dans une volonté de restituer son dernier état historique connu, celui du 6 octobre 1789, date du départ définitif de la famille royale de Versailles. Ce projet repose sur une étroite collaboration entre historiens, conservateurs et artisans d'art, mobilisés pour recréer avec la plus grande fidélité possible les décors et les ambiances du XVIIIe siècle. Les textiles ont ainsi fait l'objet d'un travail de restitution particulièrement exigeant. Grâce à la conservation de fragments anciens, il a été possible de retisser les étoffes à l'identique, selon des techniques traditionnelles, redonnant à l'alcôve, aux portières et aux rideaux leur éclat d'origine.
Malgré ces avancées, l'absence de lit, élément central de la chambre, constituait une lacune majeure dans la compréhension de l'espace. Un chantier spécifique a donc été engagé au début des années 2010 afin d'en restituer la présence. En l'absence de dessins préparatoires conservés, les artisans se sont appuyés sur des descriptions d'archives d'une grande précision pour reconstituer les formes, les volumes et les motifs décoratifs du lit disparu à la Révolution.
Cette restitution a nécessité un important travail d'interprétation et de mise en forme, mobilisant plusieurs milliers d'heures de sculpture réalisée en tilleul, essence traditionnellement utilisée pour sa finesse. Les éléments sculptés ont ensuite été dorés dans les ateliers du château selon la technique traditionnelle à l'eau.
En redonnant au lit sa place au cœur de l'alcôve, il restitue non seulement la cohérence décorative de l'ensemble, mais aussi la fonction et la portée symbolique de cet espace, à la fois lieu de vie du souverain et expression raffinée de la monarchie à la veille de la Révolution.
La chambre de l'appartement intérieur du Roi est accessible en visite libre ou en visite guidée dès le 14 avril 2026.





