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Versailles et l'Antique

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Avant-propos de Béatrix Saule

Du 13 novembre 2012 au 17 mars 2013, le château de Versailles présente l’exposition Versailles et l’Antique.

Apollon Protecteur des Arts

Pour cet avant-propos, je n’entends pas raconter l’exposition Versailles et l’Antique, n’en ayant pas assuré le commissariat, mais plutôt livrer quelques impressions et réflexions qui me sont venues à l’esprit après l’avoir moi-même découverte.

En premier lieu, c’est une émotion esthétique qui me saisit face au rassemblement de tant de chefs-d’œuvre, un rassemblement fabuleux de beauté et d’historicité, quelques 200 œuvres au premier rang desquelles je célèbrerai :

- les antiques du Louvre, parmi les plus insignes qui, ici, ornaient la Galerie, le grand Appartement et l’escalier des Ambassadeurs : un retour, même temporaire, qu’on n’osait imaginer ;
- les plus belles pièces de tapisseries du Mobilier national, d’une fraîcheur remarquable ;
- les collections de Versailles que l’on voit autrement, ou même que l’on découvre, telles ces merveilleuses statues de bronze de Vénus et d’Adonis fondues par les Keller ou encore les panneaux du cabinet des muses ;
- toutes ces beautés, encore sublimées par l’immense talent du metteur en scène Pier Luigi Pizzi.

Sur le plan des connaissances versaillaises que, seules, pour ma part, je m’autoriserai à aborder, je soulignerai 5 points.


1. Pour la première fois, une approche globale des rapports entre Versailles et l’Antique


D’abord, c’est la première fois que les rapports entre Versailles et l’Antique sont l’objet d’une approche globale. Certes le thème a déjà suscité des travaux remarquables – ceux de Pierre Francastel, de Francis Haskell, d’Hélène Himelfarb, de Jean-Pierre Néraudeau – mais ils n’abordaient que certains aspects du sujet. Pour se risquer à embrasser l’ensemble – et plus encore, sous la forme exigeante d’une exposition, il fallait toute l’ambition et les compétences réunies au sein du commissariat assuré conjointement par le Louvre et Versailles.

Donc pour la première fois, outre l’architecture, toutes les formes d’art plastique sont convoquées, jusqu’aux arts décoratifs et à l’art de l’éphémère ; et pour la première fois également, sur la longue période chronologique des trois règnes. Si la période Louis-quatorzienne est bien davantage développée que les suivantes (qui justifieraient à elles seules une illustration équivalente), il eût été dommage de tronquer le sujet : il fallait mener l’exercice jusqu’à son terme pour mettre en évidence un paradoxe.

Jeune homme au cygne

2. Un paradoxe : la pérennité de la présence de l’antique en ce lieu qui n’a été qu’un perpétuel changement


Cette présence de l’Antique à Versailles est si manifeste qu’on est amené à se demander en creux quels seraient les éléments d’importance qui auraient échappé à l’influence de l’Antique à Versailles, quand on sait que seules des raisons financières ont ajourné la reconstruction par Gabriel des façades du château dans le style classique.

On est amené à se demander également s’il y eut un moment où cette influence connut une éclipse car, même au temps du rocaille triomphant dans les années 1730, on voit un François Lemoyne représenter Louis XV en empereur romain dans le salon de la Paix. Est tout aussi significatif, pour la décoration de la voûte du salon d’Hercule confiée au même Lemoyne, l’abandon du premier projet qui devait représenter la gloire de la monarchie avec Clovis, Charlemagne, Saint Louis et Henri IV, au profit d’un thème de mythologie galante ?

3. La confrontation des différents genres


Cette exposition offre aussi des juxtapositions pleines d’enseignement, confrontant les différents genres que revêt cette présence. S’y rencontrent les véritables antiques, les moulages et copies d’après l’antique, les interprétations « à l’antique » et les recompositions à partir d’un répertoire de thèmes et d’un vocabulaire de formes.

Les antiques véritables sont celles de la collection de Louis XIV. L’exposition a été l’occasion de faire le point sur leur origine, résultat de longues recherches. Sur quel site ont-elles été découvertes ? Entre quelles mains sont-elles passées ? Quelles restaurations les ont altérées ? Et l’on découvre que ces vénérables reliques - que les princes d’Europe se disputaient âprement - ont une histoire pleine de vicissitudes et parfois encore mystérieuse.

Les « d’après l’antique » sont les moulages et les copies. Elles constituent l’occasion d’abord de mettre en évidence le rôle de pourvoyeuse de l’Académie de France à Rome, fondée par Colbert, qui ne cesse des années durant d’envoyer des moulages pour la formation des artistes mais aussi pour la réalisation de copies. Bon nombre de ces moulages ont été conservés et constituent la remarquable collection de la gypsothèque du Louvre qui est abritée au château de Versailles, à la Petite Écurie, et où des visites sont organisées à l’occasion de l’exposition. D’ailleurs, sur une idée de notre présidente Catherine Pégard, nous allons, avec nos collègues du Louvre, étudier comment, dans l’esprit de cette exposition, organiser de façon pérenne une confrontation entre ces moulages, reflets des chefs-d’œuvre de la sculpture antique, et nos chefs-d’œuvre de la sculpture versaillaise, puisque nous sommes contraints de mettre à l’abri les plus beaux morceaux de sculpture des jardins.

A côté des véritables antiques et des « d’après l’antique », il est plus aisé de percevoir, par comparaison, comment s’opère le glissement vers les interprétations de l’antique, avec leurs variantes, leur souffle nouveau qui accompagne l’évolution vers le style rocaille, pour le traverser sans renier la référence, jusqu’au style néoclassique qui s’en réclamera.

L’intérêt de cette confrontation est évidemment plus manifeste dans le domaine de la sculpture, pour la raison évidente que les antiques présentées à l’exposition appartiennent à ce domaine. Cependant, il s’applique également aux recompositions de la peinture d’histoire, de l’architecture et des arts décoratifs, mettant en évidence les emprunts et leurs transformations.

Cincinnatus

4. L’exposition est aussi l’occasion de livrer des clefs de lecture


Car, si les sources de connaissance de l’Antique sont alors essentiellement visuelles, passant par l’observation des vestiges ou de leurs déclinaisons, par les gravures représentant œuvres ou monuments antiques ou encore à travers les interprétations des plus grands artistes de la Renaissance et de l’âge baroque, ces sources sont aussi littéraires, fournissant légendes et histoires des grands hommes, un corpus inépuisable de thèmes à représenter.

Ce sont les écrits des historiens, poètes et fabulistes grecs et latins : Hérodote, Xénophon, Quinte-Curce, Virgile, Ésope et Ovide surtout, avec ses fameuses Métamorphoses. Cette familiarité avec les auteurs anciens était grande en un temps où, dans les collèges jésuites, on les étudiait dans le texte à la sortie de l’enfance. Mais aujourd’hui il n’en est plus de même, et les épisodes illustrés ou les allégories sont incompris ; ce qui était culture commune alors appartient aujourd’hui au domaine de l’érudition.

Cette érudition, livrée au public, est d’une grande aide non seulement pour comprendre le sujet représenté, mais encore pour décrypter les analogies flatteuses que la surintendance des Bâtiments soufflait aux artistes. Pour cette lecture au second degré, il faut être averti : « Apollon vainqueur du serpent Python » égale le jeune roi vainqueur de la Fronde et « Auguste faisant construire le port de Mycènes » égale Louis XIV faisant édifier le port de Rochefort.

5. Lecture politique de l’Antique à Versailles


La signification politique de cette présence de l’Antique, sous toutes les formes que j’ai évoquées, constitue le fil rouge du discours de l’exposition qui aborde cette délicate question des rapports entre art et pouvoir. Il s’attache d’abord à montrer comment le prestige des collections royales, comment l’assimilation des souverains aux dieux et déesses ou aux héros et héroïnes de l’Antiquité, comment la richesse des porphyres, albâtres, marbres et bronzes participaient à la mise en scène du pouvoir.

Il est cependant attentif à nuancer cette approche selon les lieux où ces éléments étaient distribués. Il est certain que leur placement dans des espaces aussi hiérarchisés que Versailles, Marly, Trianon, Meudon, et plus tard La Muette ou Choisy, est à prendre en considération pour en apprécier le poids politique. La référence à l’Antique dans la galerie des Glaces si largement ouverte au public n’a pas la même signification que dans la salle-à-manger du Petit Trianon.

Autrement dit, l’historique des œuvres ici présentées ne s’arrête pas à leur origine, à leur mode d’acquisition ou à leur commande mais se poursuit au sein même des maisons royales. C’est pourquoi la pluridisciplinarité du commissariat, regroupant spécialistes de l’Antiquité, des temps modernes, de Versailles fait la richesse de cette présentation avec son prolongement dans le catalogue magnifiquement édité par Artlys.

Béatrix Saule, Directeur du Musée national des châteaux de Versailles et de Trianon