Images de l'exposition
Images de l'exposition
Du 19 juin au 30 septembre 2012, le château de Versailles présente l'exposition Joana Vasconcelos Versailles dans les Grands Appartements et les jardins.
Site consacré à l'exposition : www.vasconcelos-versailles.com
Les visiteurs sont accueillis dans l’escalier Gabriel par Mary Poppins, vaste corps tentaculaire né d’un mélange inédit de tissus et d’objets préexistants, d’un assemblage de textures industrielles et d’étoffes cousues main.
L’œuvre appartient à la série des Valkyries, que le visiteur retrouvera dans la galerie de Batailles où cinq œuvres textiles sont en suspension. Enorme et colorée, Mary Poppins lance dans l’espace six bras protecteurs à partir d’un corps central. A l’image des autres œuvres de la série, Mary Poppins affiche une joyeuse exubérance dans m’utilisation des ornements et des étoffes de différentes natures. Suspendue au plafond, cette étrange créature-lustre aux formes organiques improbables se détache du néo-classicisme épuré de l’architecture environnante.
Mary Poppins – ange de la culture populaire des temps modernes – renvoie enfin au génie du lieu, l’architecte Ange-Jacques Gabriel, qui a dessiné le Grand Degré. Entre profane et sacré, les visiteurs du Palais commencent ici leur parcours sous l’insolite protection de Saint Gabriel et de Mary Poppins.
Coração Independente Vermelho,
2005
Les Cœurs Indépendants Rouge et Noir se présentent suspendus de part et d’autre de la galerie des Glaces; le premier, dans le salon de la Paix ; le deuxième, dans le salon de Guerre.
Les œuvres reproduisent le cœur de Viana - pièce iconique de la joaillerie portugaise - et en offrent deux versions monumentales : l’une noire, l’autre rouge, couleurs qui renvoient à la mort et à la passion, à la guerre et à la paix. Suspendus à partir de leurs axes respectifs, les cœurs exécutent un mouvement de rotation qui évoque les cycles de la vie et de l’éternel retour. A mesure qu’il s’approche de ces Cœurs étincelants, le visiteur découvre avec surprise qu’ils sont intégralement composés de couverts en plastique dans un trompe-l’oeil vertigineux qui rappelle la virtuosité des maîtres du Grand Siècle.
Les œuvres ont trouvé leur titre – Cœur Indépendant – dans l’un des vers du Fado « Étrange Forme de Vie », dont les paroles soulignent le conflit entre l’émotion et la raison. La forte présence des référents musicaux dans l’installation via la voix d’Amalia Rodrigues, diva de la musique portugaise offre une réminiscence des concerts donnés autrefois par Marie Leszczinska dans le salon de la Paix et rappelle le rôle important qu’elle jouait dans la vie musicale de Versailles.
Emouvante installation cinétique et sonore, Cœur Indépendant se présente comme un puissant diptyque dédié à la passion et à la mort, thèmes récurrents dans les paroles du fado, qui dialoguent ici avec les thématiques de la paix et de la guerre, présentes dans les peintures éloquentes de Charles Le Brun et François Lemoyne.
La galerie des Glaces, théâtre de somptueuses cérémonies et d’importants événements de l’histoire de l’humanité, reçoit Marilyn, une élégante paire d’escarpins, dont l’échelle amplifiée procède de l’utilisation répétée de casseroles et de couvercles en acier inoxydable.
Confinant au gigantisme, cette accumulation génère un véritable effet Gulliver qui voit l’œuvre se dresser dans la vaste galerie telle une ode aux conquêtes de la femme dans les domaines public et privé. L’inox de Marilyn – aussi résistant que les armures et les boucliers des guerriers représentés dans les tableaux et médaillons des plafonds de Charles Le Brun – associe son éclat à celui des miroirs qui ornent l’arcade, provoquant ainsi un jeu de reflets déconcertant qui démultiplie l’espace à l’infini.
Située à l’extrémité sud de la galerie des Glaces, la monumentale paire d’escarpins renvoie le visiteur à l’immensité des succès remportés par la figure féminine absente, aussi grandioses que les victoires célébrées par Louis XIV dans les peintures de Le Brun, aujourd’hui reflétées sur la froide surface métallique de Marilyn.
Survolant la vaste galerie des Batailles, où Louis-Philippe a voulu mettre en scène « un grandiose résumé » de l’histoire militaire française allant de Tolbiac (496) à Wagram (1809), les majestueuses Valkyries de Joana Vasconcelos semblent rechercher dans les trente-cinq grandes peintures qui ornent les murs de la galerie les plus valeureux guerriers morts au combat. Elles pourront ainsi leur redonner la vie, à l’instar des divinités guerrières de la mythologie scandinave à laquelle elles doivent leur nom.
Suspendus à partir du plafond en voûte, les énormes et insolites corps textiles de Royal Valkyrie, Golden Valkyrie et Valquíria Enxoval ressuscitent des techniques artisanales de travail traditionnellement féminin en les associant à des matériaux produits en série.
Figures imposantes gravitant dans l’espace, ces trois œuvres charrient des imaginaires divers.
Royal Valkyrie revisite et réinterprète le style du château de Versailles, en reprenant le luxe et l’exubérance des brocarts aux motifs floraux. Jouant sur le registre de la richesse et de la fausse apparence, Golden Valkyrie renvoie à l’or, le plus précieux des métaux, faisant se côtoyer le chatoiement de nobles tissus dorés avec de banals tissus industriels. Valquíria Enxoval renvoie à une esthétique du milieu rural, affichant couleurs, motifs et techniques traditionnelles de Nisa, petit village de l’intérieur du Portugal, connu pour la richesse de son artisanat.
Les trois exubérantes et volumineuses Valkyries opposent à la thématique militaire et à l’organisation apollinienne, rationnelle et symétrique de la galerie des Batailles, le paradigme dionysiaque, l’indiscipline des textures et l’étrangeté de l’informe, imposant dans l’espace le pouvoir de l’hédonisme et de la sensualité.