Le Belvédère et son Rocher restaurés
Le projet
Le 6 juin 2012, le château de Versailles inaugure le Belvédère et son Rocher restaurés au terme d'une année de travaux.
Le Belvédère et son Rocher sont situés dans le jardin Champêtre, ou jardin Anglais, de Trianon, créé dans les années 1780 pour la reine Marie-Antoinette, dans le style du jardin paysager, où l'alliance pittoresque de l'architecture et de la végétation est portée à son plus haut degré de raffinement.
Le Belvédère, principale fabrique dominant le lac du jardin, est un pavillon octogonal édifié par l'architecte Richard Mique. Il illustre parfaitement le goût du XVIIIe siècle pour les compositions pittoresques de décors végétaux et d’architecture.
Utilisé par la Reine comme salon de musique, le pavillon du Belvèdère décline, avec le Temple de l’Amour, un décor classique. L’équilibre de ses proportions, le raffinement de sa sculpture et la richesse de son décor peint intérieur à thèmes champêtres, est complété par un dallage de marbre polychrome.
Le Rocher, qui complète cette scène paysagère, ouvrage dessiné et conçu par le peintre Hubert Robert, en forme le pendant par son esthétique contrastée.
Les travaux de restauration du Belvédère ont porté sur des ouvrages de pierre de taille, sur la balustrade de l’édifice, sur les figures de sphinges encadrant chacun des emmarchements du perron et sur la couverture en plomb du dôme.
La restauration des décors peints intérieurs a comporté d'importantes interventions de nettoyage et d'éliminations de repeints du XIXe siècle, la réintégration picturale des lacunes et un travail en recherche de rehauts de dorure. Le Rocher a quant à lui fait l'objet de travaux de consolidation et de restitution de ses effets d'eau disparus.
Cette restauration a été rendue possible grâce au mécénat de VINCI et du World Monument Fund (Robert W. Wilson Challenge to Conserve Our Heritage).
Le Belvédère dans l'histoire
Le 6 juin 2012, le château de Versailles inaugure le Belvédère et son Rocher restaurés au terme d'une année de travaux.
Le Belvédère et le Rocher ont été édifiés dans le Jardin Anglais créé à la demande de Marie-Antoinette en bordure du Petit Trianon.
Lorsque Louis XVI offre le Petit Trianon à Marie-Antoinette, celui-ci est bordé par un jardin botanique créé par Louis XV en 1750. Ce lieu d’expérimentation scientifique ne correspond plus à la mode des jardins qui est en plein évolution : au modèle des jardins réguliers à la française, on préfère alors des jardins plus pittoresques à la mode anglaise.
Le jardin botanique de Louis XV cède donc sa place à un Jardin Anglais que Marie-Antoinette charge le comte de Caraman d’imaginer et son architecte Richard Mique de créer. Le résultat est un jardin à l'anglaise au dessin assez simple, rythmé par un ruisseau et ponctué de petites constructions décoratives appelées « fabriques ». Elles sont édifiées entre 1777 et 1787 dans plusieurs styles : exotique, naturel, rustique ou d'inspiration antique.
Construit de 1778 à 1781, le Belvédère constitue, avec le Temple de l’Amour, la seule fabrique du Jardin Anglais réalisée par Richard Mique. Quant au Rocher, édifié entre 1778 et 1782, il est l’œuvre du peintre Hubert Robert.
Richard Mique dessine un édifice de plan octogonal, élevé sur un socle de pierre et couronné d'une balustrade. Ses huit faces sont percées de quatre portes et de quatre fenêtres alternées. Les portes sont surmontées de frontons triangulaires ornés de décors sculptés à thèmes champêtres ; les fenêtres portent des bas-reliefs évoquant les quatre saisons. Les quatre emmarchements donnant accès au Belvédère sont encadrés par des groupes de deux sphinges.
En intérieur, le décor de stuc rehaussé d'attributs à motifs floraux peints à l'huile est complété par un sol pavé de marbres polychromes.
Le Rocher, entièrement artificiel, compose un décor « montagnard » pour cet ensemble. Ses canalisations et son réservoir placé à l’arrière permettent de former un torrent dont les eaux se déversent dans le lac qui fait face au Belvédère.
Le Jardin Anglais emporte l’adhésion générale. Le Belvédère, que Marie-Antoinette utilise comme salon de musique, est même qualifié de « comble de la perfection, du goût et de la ciselure » par le prince Charles-Joseph de Ligne.
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Les grandes étapes de la restauration
Le Belvédère présentait un ensemble de dégradations et d'altérations qui rendaient indispensable et urgente, plus d'un siècle après les précédentes interventions de travaux dans les années 1893-1895, la mise en œuvre d'une campagne générale de restauration portant tant sur les extérieurs que sur les intérieurs de l'édifice.
La restauration des extérieurs du Belvédère ont principalement porté sur les ouvrages de pierre de taille, à partir d’un échafaudage complet de l’édifice.
La balustrade de l'édifice présentait un état de dégradation très avancé, en particulier sur sa face arrière, ainsi que d'importants problèmes de stabilité des balustres. Pour la restaurer, il a fallu notamment déposer tous les anciens balustres et les remplacer en quasi-totalité. L'intervention sur la balustrade a été accompagnée d'une révision d'ensemble de la couverture en plomb.
Les façades ont été nettoyées, avec quelques reprises ponctuelles sur la pierre et les joints, ainsi que des ragréages fins, avec exécution de patines d’harmonisation.
L'ensemble du perron et des emmarchements a également été restauré, avec remplacement de dalles présentant des zones de forte érosion et application de traitement hydrofuge.
Les interventions sur les sculptures ont concerné les bas et hauts reliefs des façades ainsi que les figures de sphinges qui présentaient d’importantes altérations de surface. Après un nettoyage soigné par compresses et traitement biocide, la pierre a été consolidée.
La restauration des intérieurs du Belvédère a en tout premier lieu porté sur les décors peints sur murs, plafond et menuiseries, au vu des différentes altérations qui ont pu être identifiées dans le cadre d’investigations préalables.
La restauration des décors peints a comporté de nombreuses étapes, en fonction de la nature et de l’état des décors, avec un travail soigné d’intégration et d’harmonisation.
Une remise des menuiseries des croisées a été exécutée sur l’ensemble des portes-fenêtres. Une restauration des espagnolettes en fer et bronze doré est venue parachever ces prestations.
Le dallage du Belvédère, en marbres polychromes, a fait l’objet d’un nettoyage général, avec élimination des quelques zones de taches. Un traitement final a été effectué, avec reprise de poli puis application de cire.
La restauration du Rocher, construction en gros blocs de pierre, a permis, après examen minutieux et diagnostic, de traiter ses parties altérées en mettant en oeuvre des interventions de :
- maçonnerie et pierre de taille : des consolidations et des compléments de blocs de pierre ont été réalisés, avec remise en état des joints et application de patines d’harmonisation. Pour intégrer de manière discrète les remontées de canalisations en plomb, les conduites ont été encastrées.
- réseaux et fontainerie : les effets d’eau du Rocher ont pu être rétablis selon les dispositions d’origine, se répartissant entre plusieurs cavités produisant des écoulements en petites cascatelles. Les alimentations de ces effets d’eau ont été totalement restaurées, avec la pose de nouvelles conduites en plomb et de vannes de réglage.
- espaces verts et sols : aux abords du Belvédère et du Rocher ont été opérés des compléments de plantations à partir de plantes couvre-sol (pervenche, lierre), de fougères et de rosiers. Les sols des allées de ce secteur ont également été restaurés.