La restauration du Salon de Mercure
Inauguration du salon de Mercure
Le 25 octobre 2012, après plus d’une année de chantier, le château de Versailles inaugure le salon de Mercure restauré. Cette restauration des décors peints et sculptés du plafond s’est accompagnée d’un remeublement permettant aux visiteurs de découvrir ce qu’était la chambre de parade du roi.
La restauration © EPV / Ch. Milet
Le salon de Mercure est une des pièces qui compose l’enfilade des Grands Appartements menant à la galerie des Glaces. Louis XIV en avait fait sa chambre de parade, c'est-à-dire un lieu public, destiné non au sommeil, mais à la représentation et à la réception de visiteurs.
Voir des images du chantier de restauration des décors peints
Les peintures du plafond ont fait l’objet d’une restauration visant à retrouver la touche originale de leur auteur. Jean-Baptiste de Champaigne, neveu de Philippe de Champaigne, a réalisé lui-même toutes les peintures du plafond, au centre duquel il a figuré Mercure sur son char tiré par deux coqs. En même temps que les peintures, les stucs réalisés par les sculpteurs Gaspard et Balthazar Marsy ont également été restaurés.
Le salon de Mercure en cours de remeublement © EPV / Ch. Milet
Cette restauration a été suivie d' un remeublement qui met en valeur la fonction d’apparat assignée au salon de Mercure. Le mobilier original ayant été dispersé à la Révolution, le remeublement a été conduit grâce aux inventaires du mobilier du Château. Il mêle des re-créations réalisées par des artisans et l’installation d’œuvres déposées et issues des collections du château de Versailles.
Restauration des décors
La restauration du salon de Mercure a porté sur les décors peints de Jean-Baptiste de Champaigne et sur les stucs des frères Marsy. Elle a été dirigée conjointement par la Conservation du château de Versailles et le Centre de Recherche et de Restauration des Musées de France (C2MRF).
Le salon de Mercure
Le salon de Mercure est situé dans l’enfilade du Grand Appartement du Roi, qui a été aménagée dans l’« enveloppe » de pierre que Louis XIV a fait construire, en 1669-1670, autour du château « aux trois couleurs » (brique, pierre et ardoise) de Louis XIII. Le salon de Mercure devait être l’antichambre de Louis XIV, mais dès l’installation du roi à Versailles, en 1682, il est devenu la chambre d’apparat. En 1700, Philippe d’Anjou, le petit-fils de Louis XIV devenu roi d’Espagne sous le nom de Philippe V, y a dormi durant deux semaines.
Plafond du salon de Mercure avant restauration © EPV
Le décor du plafond
Le décor du salon de Mercure a été entrepris à partir de 1671. Le chantier a duré presque dix années. Les sculpteurs Gaspard et Balthazar Marsy ont modelé les stucs. Les peintures ont toutes été réalisées par Jean-Baptiste de Champaigne. Le char du dieu, tiré par des coqs, apparaît dans le panneau central du plafond. Mercure préside à la Science, en tant que divinité de l’intellect, et aux Ambassades, en tant que messager des dieux. Sur ces deux thèmes, les peintures du plafond mettent en scène des grands hommes de l’Antiquité : Alexandre, Auguste, Aristote ou Socrate. Elles montrent également des allégories comme l’Eloquence, l’Arithmétique ou encore la Diligence.
Jean-Baptiste de Champaigne
Il est le neveu du grand peintre d’origine flamande, Philippe de Champaigne, qui a bénéficié d’une récente rétrospective aux musées de Lille et de Genève, en 2007-2008. Jean-Baptiste de Champaigne s’est formé auprès de son oncle, apprenant à imiter son style à la perfection. Il a développé sa propre sensibilité en épurant les formes avec un souci particulier d’ordre et de symétrie dans les compositions. L’art raffiné de Jean-Baptiste de Champaigne est aujourd’hui mieux connu grâce aux expositions qui ont été organisées par le musée d’Evreux en 2007 et par le musée national des Granges de Port-Royal en 2009.
Voir des images du chantier de restauration des décors peints
La restauration
Elle a eu pour objectif de retrouver la qualité de la touche originale de Jean-Baptiste de Champaigne qui a été en grande partie masquée par les restaurations anciennes. Elle assure la bonne conservation à long terme du décor constitué de toiles collées sur une coque de plâtre, mais également de peintures réalisées directement à l’huile sur cette coque. La direction du chantier a été assurée conjointement par la Conservation du château de Versailles (Nicolas Milovanovic) et par le Centre de Recherche et de Restauration des Musées de France (Pierre Curie et Claire Gérin-Pierre). Le C2RMF a également assuré le suivi scientifique du chantier. L’équipe des restaurateurs intervenant sur les peintures a été dirigée par Florence Delteil et comprenait quinze restaurateurs et un photographe. La restauration des stucs dorés a été assurée par Frédéric Didier, Architecte en Chef des Monuments Historiques.
Le comité scientifique
Il comprend des spécialistes de l’art de Jean-Baptiste de Champaigne, mais aussi des personnalités ayant une grande expérience dans le domaine de la restauration :
Dominique Brême, Frédéric Didier, Frédérique Lanoë, Sylvain Laveissière, Philippe Luez, Serge Pitiot, Pierre Rosenberg, Nicolas Sainte Fare Garnot et Nathalie Volle.
Remeublement
Le nouvel ameublement du salon de Mercure permet de mettre en valeur sa fonction de chambre de parade. Le remeublement a été conduit dans le souci de rétablir aussi exactement que possible le mobilier d’étiquette, dispersé à la Révolution, mais bien connu grâce aux inventaires successifs du mobilier du Château.
Le salon de Mercure en cours de remeublement
© EPV / Ch. Milet
Le lit
En 1833, Louis-Philippe souhaite faire réaliser un lit pour la chambre à coucher de Louis XIV qu’il est en train de reconstituer. Pour ce faire, des bois dorés sont commandés à Georges-Alphonse Jacob-Desmalter en 1834 et un ensemble d’exceptionnelles pièces de broderies anciennes sont acquises.
Suite au remeublement de 2012, ce lit est doté d’un entour en gros de Tours cramoisi, sorte de housse protégeant le décor textile du lit que les inventaires décrivent pour tous les lits royaux. L’entour est enrichi d’une riche passementerie de franges d’or décrite par les inventaires et fabriquée en 2012 par la maison Declercq à Paris.
Ce lit prend place sur une estrade qui occupe tout le fond de la pièce, selon le parti d’origine, et que recouvre un tapis de velours cramoisi orné d’une grande frange d’or. Celui-ci a été exécuté, comme tous les travaux de tapisserie de ce remeublement, par MM. Chauveau et Ragueneau tapissiers.
Le mobilier assis et le luminaire
Le mobilier assis est constitué de fauteuils et de ployants. Le lit est accosté de deux fauteuils Louis XIV au piètement en bois sculpté et doré, l’assise et le dossier couverts de Savonnerie Louis XIV. Grâce à un dépôt du musée Rolin d’Autun, le château de Versailles dispose d’un très beau ployant d’époque Louis XIV en bois sculpté et doré orné de fleurs de lys, destiné à une résidence royale. Il supporte un carreau de velours de soie à la riche passementerie d’or. Les ateliers du Château ont exécuté les onze autres ployants permettant d’évoquer la série des douze ployants d’étiquette. Une housse de gros de Tours recouvre ces ployants conformément aux inventaires.
Pour le luminaire, a été retenu le parti de copier un modèle de guéridon « porte-girandole » similaire au modèle versaillais livré en 1690. Les six guéridons supportent six girandoles à six lumières, en cristal de roche. Au centre de la pièce est suspendu un très beau lustre en métal doré et cristal de roche d’une pureté exceptionnelle.
Côté est du salon prend place la pendule à automates construite par Antoine Morand en 1706 et livrée pour Louis XIV à Versailles.
Le salon de Mercure en cours de remeublement © EPV / Ch. Milet
Les murs
Ce mobilier se détache sur une tenture murale, un grand damas à palmes rouge cramoisi retissé spécialement par la manufacture Prelle à Lyon à partir d’un document d’époque conservé au musée des Tissus de Lyon. C’est en 1743 que Louis XV avait fait tendre tout son Grand Appartement de damas cramoisi galonné d’or – le meuble d’été – pour y accrocher les plus importants tableaux des collections royales.
A la gauche du lit est représenté Saint Jean l’Evangéliste à Patmos peinte par Innocenzo da Imola dans la première moitié du XVIème siècle avec en pendant Le Roi David jouant de la harpe par le Dominiquin vers 1620, deux tableaux se trouvant historiquement dans la chambre à coucher de Louis XIV sur la cour de Marbre. Au-dessus de la cheminée, le salon retrouve deux grands portraits y figurant précédemment : celui de Louis XV en costume de sacre par Hyacinthe Rigaud datant de 1730 avec en vis-à-vis le portrait de la reine Marie Leczinska d’après Louis Tocqué du milieu du XVIIIème siècle. Des rideaux en gros de Tours complètent le décor textile.
Le remeublement
Le remeublement du salon de Mercure a été conduit par la Conservation du château de Versailles (Pierre-Xavier Hans).